Groupama innove dans ses émissions destinées à ses clients
Avoir retrouvé des marges de manœuvre financières permet à Groupama d’innover. Dans un prospectus déposé à l’Autorité des marchés financiers (AMF) le 30 décembre dernier, l’assureur mutualiste annonce l’émission par Groupama SA (la structure de tête contrôlée par les caisses régionales) d’obligations à capital garanti indexées sur la performance de l’indice Euro Stoxx 50. Les titres arriveront à échéance en mai 2020.
Il s’agit d’une émission dite retail: l’émission sera entièrement souscrite par la compagnie d’assurances Groupama Gan Vie, filiale de Groupama SA, qui proposera ces titres à ses clients et ses sociétaires dans le cadre de produits en unités de comptes (UC). D’un montant nominal de 100 millions d’euros, elle est susceptible d’être portée à 400 millions en fonction de la demande. En cas de demande inférieure à 100 millions, l’émission n’aurait pas lieu.
Les opérations retail ne sont pas exceptionnelles en elles-mêmes. Groupama en avait déjà réalisée une en 2009. Mais l’élément nouveau est de voir la rémunération des obligations indexées sur la performance d’un sous-jacent (ici un panier d’actions), en lieu d’un rendement fixe. L’émission de 2009 du mutualiste (à intérêt capitalisé) portait par exemple un taux nominal annuel de 5,80%. «Groupama applique la logique d’un fonds structuré à une émission obligataire du groupe. C’est une démarche inédite», indique un spécialiste. En l’occurrence, selon la formule de calcul indiquée dans le prospectus, le montant du remboursement final sera compris entre 6% et 39% (hors frais et fiscalité) en fonction de l’Euro Stoxx 50 – lequel a déjà toutefois progressé de 31% en deux ans.
Groupama n’indique pas la raison de ce montage exceptionnel. Le motif de l’émission elle-même est classique. «L'émission vise à permettre à Groupama Gan Vie d'élargir la gamme des UC dans les produits d’assurance vie offerts à ses sociétaires et clients. Le produit de l'émission servira à financer les besoins généraux de Groupama SA», explique le prospectus.
L’assureur conforte ainsi sa stratégie d’accorder la priorité aux UC, peu consommatrices de fonds propres. Il y a deux mois, il indiquait avoir dépassé le milliard d’euros de collecte en UC à fin octobre. La part des UC atteignait 30% dans la collecte nouvelle et 12% dans ses encours. Cela implique également que Groupama se considère suffisamment solide pour ne pas faire courir de risques aux clients qui voudraient souscrire.
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Paris - Alors qu’il fourbit ses armes en vue de la présidentielle, Edouard Philippe fait désormais l’objet d’une enquête menée par un juge d’instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêt et concussion au Havre, ville dont il est maire. Une lanceuse d’alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025 avec constitution de partie civile. Sollicité par l’AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d’instruction et de lui désigner un périmètre d’enquête. La lanceuse d’alerte, «Judith» (prénom modifié), «se félicite de l’ouverture d’une information judiciaire sur les faits qu’elle dénonce et attend avec impatience d'être entendue par le juge d’instruction», a réagi auprès de l’AFP son avocat Jérôme Karsenti. Les faits sont contestés depuis le début par l’ex-Premier ministre et actuel maire Horizons du Havre, dans les starting blocks pour la présidentielle. Edouard Philippe «prend acte de l’ouverture d’une information judiciaire. Il l’apprend par la presse. Et il répondra bien évidemment à toutes les questions que posera la justice comme il l’a toujours fait de façon très sereine», a réagi auprès de l’AFP son entourage dans la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole. Contacté par l’AFP, son avocat Emmanuel Marsigny n’a pas souhaité faire de commentaire. Contrat pas renouvelé Etaient également visées par la plainte Stéphanie de Bazelaire, adjointe chargée de l’innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine havraise. La plainte consultée par l’AFP estimait que le juge d’instruction devait «apprécier si un pacte a été conclu entre M. Edouard Philippe et Mme de Bazelaire, caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique», un tiers-lieu d’innovation. Après ses alertes, la haute fonctionnaire s'était plainte d’avoir été écartée et harcelée moralement. Son contrat n’a pas été renouvelé. Les soupçons portent sur une convention d’objectifs pluriannuelle pour l’animation de la Cité numérique du Havre, signée en juillet 2020 notamment par Edouard Philippe, président de la communauté urbaine, et Stéphanie de Bazelaire, en tant cette fois que présidente bénévole de l’association LH French Tech. LH French Tech, créée en juillet 2020, a été désignée pour cette mission après un appel à manifestation d’intérêt lancé par la communauté urbaine en mars 2020 et dans le cadre d’un service d’intérêt économique général (SIEG). L’association, seule candidate, devait toucher 2,154 millions d’euros de compensation de service public pour mener des projets. Le conflit d’intérêts «semble absolument évident», a considéré à l'époque la lanceuse d’alerte, directrice générale adjointe à la communauté urbaine de septembre 2020 à avril 2023. «Opacité» «C’est le maire et son adjointe» qui, en tant que présidente de l’association, allaient «avoir la main sur des sommes considérables» pour «des activités qui peuvent concerner ses fonctions à la ville», soulignait-elle. Sur le moment, elle s'était étonnée qu’Edouard Philippe, conseiller d’Etat, n’ait pas suspecté d’irrégularités. Elle assure avoir découvert plus tard que les services juridiques avaient alerté en vain sur un possible favoritisme. Cette haute fonctionnaire avait obtenu le statut de lanceuse d’alerte en janvier 2025, contesté par Edouard Philippe. A la communauté urbaine, la Cité numérique fut «tout de suite» désignée à la lanceuse d’alerte «comme un dossier principal», relatait-elle. Mais «dès les premiers mois», elle a constaté «une opacité dans la gestion de l’association» et ne comprenait pas son activité. Elle racontait qu’on lui avait fourni «des réponses très vagues sur les dépenses, la trajectoire financière», lui reprochant «des velléités d’ingérence». Fin 2021, obtenant finalement des chiffres, elle affirmait découvrir le «très faible niveau d’activité» de la Cité numérique mais surtout «la masse salariale» composée «de jeunes salariés» qui faisaient «un peu tout» pour «des salaires bruts au-delà de 60 voire 70.000" euros. L’association sera placée en liquidation judiciaire en 2023. Philippe GRELARD et Céline CORNU © Agence France-Presse