Gérant Asie, un pont entre deux mondes
« Les actions asiatiques représentent désormais le deuxième plus grand marché boursier au monde, et cette région est la seule à avoir vu la part de capitalisation en actions augmenter au cours des deux dernières décennies. » Responsable de l’équipe Asian Equities de BNP Paribas AM, Zhikai Chen traduit le dynamisme de l’industrie financière dans cette partie du globe qui pèse 68 % de l’univers émergent. Pour servir ce continent synonyme de promesses, les sociétés de gestion s’appuient de plus en plus sur des équipes ayant une expertise et une implantation locales. « Chez Comgest, les 19 gérants de portefeuille, analystes et spécialistes ESG (environnement, social, gouvernance) qui composent notre gestion actions Asie sont pour la plupart basés à Hong Kong, à Singapour et au Japon », confie Jimmy Chen, co-gérant du fonds Comgest Growth China. Chez Amiral Gestion, qui vient de lancer le fonds Sextant Asie, les analystes-gérants en charge de ce continent sont basés pour moitié à Paris et à Singapour. « On peut tout à fait piloter cette gestion partout dans le monde en allant régulièrement sur place, estime Louis d’Arvieu, gérant-associé en charge de l’Asie. Mais il est est vrai que dans cette région, la culture et le réseau jouent un rôle primordial. Il est donc important d’avoir des équipes au plus près du terrain. C’est pour cette raison que nos prochains recrutements se dérouleront probablement sur Singapour. »
Ce besoin de proximité a encore été renforcé par la pandémie, qui a entraîné un coup d’arrêt des déplacements des équipes entre l’Europe et l’Asie, les échanges se déroulant désormais en visioconférence. Il s’impose principalement par la complexité de la gestion dans une zone où se côtoient des modèles économiques très différents. Et où la Chine occupe une place prédominante avec ses 19.000 milliards de dollars de capitalisation qui la placent au deuxième rang mondial derrière le marché américain. « Pas moins de 5.500 sociétés chinoises sont aujourd’hui cotées sur les différentes places boursières, avec un mode de gouvernance très particulier puisque beaucoup sont contrôlées par l’Etat, des fondateurs ou des familles, rappelle Jimmy Chen. Or s’il est possible de couvrir depuis la France les sociétés à grande capitalisation comme Ping An, Tencent ou Alibaba, il faut être sur place pour accéder à la direction des nombreuses entreprises sur le marché des actions A. »
Pour Haiyan Li-L’abbé, gérante actions chinoises au sein de l’équipe actions émergentes chez Carmignac, il est aussi indispensable de parler le mandarin, la majorité des dirigeants d’entreprise ne parlant pas anglais. « Mais cela ne suffit pas car il faut aussi maîtriser les codes culturels, assure cette Chinoise de 45 ans arrivée en France en 1998 pour intégrer l’ESCP, et qui a créé le fonds OFI HAN avant de rejoindre Carmignac en 2011. Quelqu’un qui n’a jamais vécu en Chine et qui n’a pas d’amis ou de famille sur place aura beaucoup de mal à décrypter les dernières tendances en matière de consommation. »
Effervescence
Pour toutes ces raisons, les équipes de gestion Asie sont en grande partie composées de gérants du cru, possédant le plus souvent une double culture. Chez BNP Paribas AM, les sept gérants de fonds, analystes et spécialistes en investissement basés à Hong Kong sont majoritairement originaires de Hong Kong, de Chine et de Malaisie. Avec, sur leur CV, des diplômes obtenus dans les meilleures universités américaines, anglaises ou australiennes. Nommé à la tête de cette gestion en octobre dernier, Zhikai Chen est à l’image de son équipe. « Après avoir décroché le bachelor of business administration de l’Université du Michigan et le master of social science, applied economics, de l’Université nationale de Singapour, j’ai travaillé pendant 20 ans dans la finance, au sein de l’autorité monétaire de Singapour, puis dans la gestion actions sur les marchés émergents et asiatiques », confie ce Singapourien passé par Lombard Odier.
En France, les équipes Asie jouent, elles aussi, la carte de la mixité. Chez Amiral Gestion, les deux analystes gérants sont coréen et français. Rien ne prédestinait d’ailleurs Julien Faure à se spécialiser dans ce périmètre. « Après mon master en finance à la Rotterdam School of Management, j’ai effectué un stage d’analyste ‘buy-side’ chez Amiral Gestion qui m’a recruté dans la foulée, confie ce Haut-Savoyard de 29 ans. C’est en 2016 que j’ai basculé vers la gestion Asie lorsque nous avons identifié des opportunités d’investissement au Japon auprès de sociétés qui ne nous semblaient pas capitalisées à leur juste valeur. » Cinq ans plus tard, Julien Faure pilote un sous-portefeuille d’une quinzaine d’investissements au sein des fonds Sextant Asie et Sextant Autour du Monde. « Ce continent constitue un foyer d’opportunités inépuisable car le nombre de sociétés cotées est en très forte croissance, de nouvelles entreprises entrant en Bourse chaque jour, souligne l’analyste gérant. Et comme ces dernières ne sont pas encore très connues en Occident, nous sommes souvent parmi les premiers investisseurs à regarder les dossiers. »
Cette effervescence implique d’ailleurs rigueur et courage. « En Chine, il ne faut pas avoir peur d’investir dans des secteurs innovants où les entreprises consomment du ‘cash’ et ne génèrent pas encore de profits. En sachant aussi qu’il faut se montrer vigilants dans l’analyse des dossiers pour éviter un mauvais investissement ou un cas de fraude, confie Haiyan Li-L’abbé, qui a aujourd’hui le sentiment d’être à sa place. Ma première ambition était de devenir diplomate pour établir des ponts entre la Chine et le reste du monde. En investissant dans des sociétés chinoises de qualité, en phase avec nos critères ESG, j’ai le sentiment d’aider mon pays d’origine à progresser sur le plan environnemental et social, et mon pays d’adoption, la France, à mieux connaître la Chine. »
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