Gafa, la fin de l’innocence
Dans la tech, les années comptent double ou triple. Il était temps que les politiques et régulateurs rejoignent les Gafa dans l’âge adulte. L’Union européenne s’y est décidée en dévoilant, le 15 décembre, deux textes qui renvoient enfin les géants de l’économie digitale à leurs responsabilités de diffuseurs de contenus et de collecteurs de datas. Outre-Atlantique, où la puissance et l’entregent des champions nationaux ont longtemps prévalu, la justice et les Etats fédérés réclament désormais des comptes à ceux qui, comme Facebook, sont soupçonnés de tuer la concurrence dans l’œuf en cueillant toutes les jeunes pousses. A sa manière plus dirigiste, la Chine essaie aussi de limiter la zone d’influence de ses propres colosses du numérique, ainsi qu’Alibaba en a récemment fait les frais.
La précédente crise, engendrée par les excès du secteur financier, avait valu aux banques un retour de bâton réglementaire. 2020, année de la bascule dans le tout-digital à l’échelle de la planète, appelle naturellement une vigilance renforcée vis-à-vis des Gafa. Les opinions publiques et les Etats ont perdu ces dernières années leur innocence face à des groupes qui prétendaient qu’internet justifiait un régime d’exception. Le modèle économique et hégémonique de ces acteurs ne fait plus illusion : faire main basse sur la mine d’or des données personnelles de leurs utilisateurs sous couvert de gratuité, bâtir une offre de services de plus en plus clos et imbriqués en attaquant un secteur d’activité après l’autre, y capter une part croissante de la valeur ajoutée. Le système est si efficace qu’entre les valeurs technologiques et le reste de la cote à Wall Street, il y a désormais un monde d’écart.
La réaction à laquelle on assiste apparaît donc salutaire. Mais l’adversaire est redoutable, assis sur une montagne de cash, appuyé par des bataillons de juristes et de lobbyistes, et il offre des produits efficaces et indispensables. Il sait jouer avec les textes pour s’adapter au règlement européen sur la protection des données ou s’emparer de concurrents trop menaçants avant que ces derniers ne puissent apparaître sur les radars des autorités antitrust. D’où la revue engagée par la Commission sur ses critères d’acceptation des concentrations. D’où l’importance, aussi, des plaintes déposées aux Etats-Unis contre Facebook pour forcer le groupe à défaire, huit ans et six ans après, les acquisitions d’Instagram et WhatsApp. Parmi les Gafa, le réseau social de Mark Zuckerberg semble d’ailleurs le plus fragile, celui dont les services peuvent aisément être remplacés par des concurrents ou démantelés. C’est moins le cas des autres membres du club. S’il était urgent de réécrire les règles du jeu, il faudra encore veiller à ne pas les diluer dans des compromis législatifs, puis les appliquer sans faillir, au besoin jusqu’au démantèlement.
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Le dirigeant chinois lui a aussi promis l’achat de 200 «gros» Boeing, a-t-il dit. C’est considérable, mais moindre que la commande de 500 avions monocouloirs 737 MAX et d’une centaine de gros porteurs (787 Dreamliner et 777) évoquée par la presse depuis des mois. La Chine est un partenaire stratégique et économique primordial pour l’Iran qui lui destine la grande majorité de ses exportations de pétrole. Elle est directement touchée par la quasi-fermeture, sous l’effet des blocus iranien et américain, du détroit d’Ormuz par lequel transite une grande part de ses acquisitions d’hydrocarbures, d’Iran mais aussi d’autres pays du Golfe. L’Iran a annoncé jeudi, en plein sommet pékinois, que ses forces avaient autorisé le passage de plusieurs navires chinois. Washington voudrait voir Pékin user de son influence sur Téhéran pour contribuer à une sortie de crise dans le Golfe. Tout en s’employant diplomatiquement, Pékin a observé jusqu'à présent une grande retenue. «Nation en déclin» C’est l’un des sujets de crispation que le sommet est destiné à atténuer, sinon à dissiper. Ils abondent: Iran donc, Taïwan, relations commerciales, restrictions d’accès aux terres rares et aux semi-conducteurs, intelligence artificielle et propriété intellectuelle... Ils se sont manifestés ouvertement jeudi avec une mise en garde vigoureuse du président chinois quant au risque de «conflit» entre Chine et Etats-Unis au sujet de Taïwan. Les propos de M. Xi ont dominé le premier jour de la visite. La compétition - stratégique, commerciale, technologique - est extensive et la Chine semble miser sur un déclin des Etats-Unis, subtilement évoqué par Xi Jinping lui-même lorsqu’il a cité l’historien de l’Antiquité grecque Thucydide, théoricien du risque de guerre lorsqu’une puissance émergente entre en rivalité avec une puissance dominante. M. Trump a répondu jeudi soir dans un message sur sa plateforme Truth Social. «Le président Xi a fait très élégamment référence aux Etats-Unis comme étant peut-être une nation en déclin», a-t-il dit. Mais selon lui, l’homme fort de Pékin avait à l’esprit les Etats-Unis de son prédécesseur Joe Biden, pas l’Amérique actuelle. «Il y a deux ans, nous étions effectivement une nation en déclin. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont le pays le plus génial de la planète», a-t-il dit. «Stabilité constructive» Depuis le retour de M. Trump à la Maison Blanche, Chine et Etats-Unis se sont livré une âpre guerre commerciale aux répercussions planétaires, à coups de droits de douane exorbitants et de restrictions multiples. MM. Trump et Xi ont conclu une trêve en octobre et, depuis, la Cour suprême américaine a mis à bas les droits de douane généralisés de l’administration Trump. Mais le cessez-le-feu commercial reste exposé à l’instauration de nouvelles surtaxes américaines envisagées par le républicain. 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