Credit Suisse amputerait sa solvabilité en payant une amende record aux Etats-Unis
Ce petit pourcent pourrait coûter très cher à Credit Suisse. Auditionné fin février par le Sénat à Washington, son patron Brady Dougan avait estimé à moins d’1% les profits tirés par le groupe de ses clients américains non déclarés. Pour mettre fin aux poursuites ouvertes en 2011, la banque suisse s’apprêterait pourtant à plaider coupable et à payer 2,5 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) aux autorités américaines, selon le Wall Street Journal.
Cette sanction inédite équivaudrait aux trois quarts de son bénéfice 2013 de 3 milliards de francs (2,45 milliards d’euros). Le mois dernier, la banque a seulement provisionné 425 millions de francs pour ce litige, en plus des 295 millions mis de côté en 2011. Et elle a déjà déboursé 196,5 millions en février pour régler des poursuites de la SEC en lien avec cette affaire.
Les 2,5 milliards d’amende pourraient porter un coup à la solvabilité de Credit Suisse. Son ratio de fonds propres durs Bâle 3 serait amputé d’un point de pourcentage, estime Christopher Wheeler, analyste de Mediobanca cité par Bloomberg. Au premier trimestre, ce ratio est resté inchangé à 10%, mais Credit Suisse vise 11% «à long terme». Le régulateur suisse a par ailleurs relevé ses exigences à l’égard du groupe et de son compatriote UBS. Credit Suisse devra atteindre en 2019 un ratio de fonds propres totaux (y compris titres contingents) de 16,7%, contre 15% à fin mars.
Credit Suisse serait la première grande institution financière à plaider coupable depuis le cas, en 1990, de la Bank of Credit and Commerce International, mise en faillite l’année suivante. Ce choix lui permettrait de conserver sa licence bancaire aux Etats-Unis et de ne pas divulguer le nom de ses clients américains qui n’ont pas déclaré au fisc des avoirs estimés à 4 milliards de dollars. La justice en a seulement obtenu 238 sur quelque 22.000 comptes concernés, selon le rapport du Sénat américain. En 2009, UBS avait mis fin aux poursuites et payé seulement 780 millions de dollars en livrant l’identité des détenteurs de 4.700 comptes illégaux. Treize autres banques helvétiques de moindre taille restent dans le viseur des autorités outre-Atlantique, pour les mêmes motifs.
Le sort de Credit Suisse sera scruté à la loupe par BNP Paribas. Accusée de transactions en dollars avec des pays sous embargo américain, la banque française cherche elle aussi à limiter les conséquences d’un plaider coupable.
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