Bruxelles ajuste à la marge la régulation prudentielle
Une modification à la marge de la technique prudentielle» : c’est ainsi qu’un régulateur européen qualifie la proposition de réforme du règlement sur les exigences en capitaux des banques (CRR) qui sera adoptée le 22 novembre par la Commission européenne et dont L’Agefi a eu connaissance. Qu’il s’agisse de risque de marché, de liquidité ou de capacité d’absorption des pertes, l’exécutif européen a cherché à minimiser l’impact sur le coût en capital. Il ne devrait pas dépasser 0,03%, selon elle. Reste à obtenir l’aval du Parlement et des ministres des finances européens.
Risque de marché
Rien n’obligeait l’Union européenne à harmoniser le calcul des risques de marché dans les portefeuilles de trading de toutes ses banques, le Comité de Bâle n’ayant formulé ses recommandations que pour les plus grandes. C’est pourtant le choix qu’elle a fait. A présent, elle tente de faire en sorte que les coûts de conformité soient réduits au minimum pour environ 80% des établissements qui ont un petit portefeuille. La réforme relève en effet le seuil en dessous duquel l’évaluation et les règles de gestion des desks seront simplifiées. Au total, les exigences prudentielles seront bien revues à la hausse, mais sans impact majeur : le risque de marché ne représente que 5 à 6% de la charge totale en capital.
Ratio de levier
Contesté dans l’immédiat après-crise, introduit ensuite à titre purement indicatif, il deviendra obligatoire à compter de l’entrée en vigueur de la réforme. Il sera en Europe de 3% pour l’ensemble du secteur, contre 4,5% pour les banques systémiques américaines. Un niveau modeste qui évitera que ce nouveau ratio ne «morde». Il en serait allé différemment s’il avait été fixé ne serait-ce qu’à 4%, selon un régulateur.
Dérogations intra-groupes
Bruxelles tire les conséquences de la mise en place de la supervision unique : alors que chaque filiale d’un groupe devait respecter l’ensemble des ratios, le superviseur pourra à l’avenir se contenter d’une approche consolidée du contrôle prudentiel. «Sous réserve d’engagement de la maison mère à apporter son soutien à ses filiales à concurrence de l’exemption accordée et que cette garantie soit collatéralisée à concurrence de 50% minimum», précise toutefois le texte.
Ratio de liquidité de long terme (NSFR)
Pressée par les banques de faciliter la compensation à l’actif et au passif («netting») des positions sur produits dérivés pour limiter l’impact de ce ratio, la Commission a largement accédé à leurs demandes : les deux tiers des 50 premières banques européennes le respectaient déjà fin 2015.
Capacité d’absorption des risques
En transposant, dans le cadre d’un règlement, le ratio de capacité d’absorption des pertes ou «TLAC» conçu pour les institutions systémiques globales, la Commission a cherché à la fois à réduire au minimum les marges discrétionnaires laissées aux Etats membres dans l’élaboration de la méthodologie de calcul… tout en le rendant aussi compatible que possible avec le «MREL» (minimum required eligible assets), créé par la directive sur la gestion des crises (BRRD). TLAC et MREL sont respectivement fixés à 16% (de l’actif pondéré par les risques) et 6% (de l’exposition telle que calculée pour le ratio de levier) en 2019. Ils seront portés à 6,75% et 18% en 2022.
Plus d'articles du même thème
-
Les grands risques sont aussi des opportunités d'investissement pour le secteur financier
Les risques géopolitiques, l’intelligence artificielle et le changement climatique se cumulent et mettent à l’épreuve la stabilité financière, mais banques et assurances travaillent sur les manières de les gérer, sous l’œil prudent de l’ACPR. -
Les hedge funds américains veulent un accès plus large aux futures sur la dette de l’UE
Les associations de fonds spéculatifs soutiennent une initiative du gendarme américain des marchés visant à assouplir les règles de supervision qui limitent leur accès aux contrats à terme sur les obligations émises par l’Union européenne (UE). Eurex et les dirigeants européens y seraient également favorables. -
L'Efama appelle les eurodéputés à rejeter la stratégie d'investissement de détail
Les parlementaires européens doivent voter, jeudi 12 novembre, le texte final de niveau 1 qui étendra entre autres l'introduction du mécanisme de rapport qualité-prix Value for Money à tous les produits financiers.
ETF à la Une
Près d’un quart de la collecte d'octobre sur les ETF en Europe s’est dirigé vers les actifs américains
- Jean-Pierre Thomas (TVI) : «Il n’y a pas de dossier Thomas Vendôme Investment mais un dossier Malakoff Humanis»
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- Crédit Mutuel Arkéa avoue être victime d'une cyberattaque historique
- 2CRSI n’arrive pas à se remettre d’une attaque d’activiste
- Parvus accentue sa pression sur la gouvernance d’Accor
Contenu de nos partenaires
-
Règle d’or budgétaire : l’offensive politique du RN à l'épreuve d'un calendrier intenable
Au lendemain du rejet du budget, Jordan Bardella veut voter « en urgence » la règle d’or pour l'inscrire dans la Constitution. Or, les délais et le contexte politique rendent intenable son calendrier express -
« Sur les réseaux sociaux, l'agressivité attire l’attention des électeurs, sans pour autant les convaincre »
La somme phénoménale de douze milliards de dollars a été dépensée pour la publicité politique à la télévision et sur les réseaux à l'occasion de la campagne des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Avec quels résultats ? -
DésinformationPrésidentielle : la campagne otage des algorithmes
Une partie de l’échiquier politique s’inquiète de voir l’élection présidentielle biaisée par la prolifération de faux contenus et l’opacité entretenue par les plateformes, dont la responsabilité est pointée du doigt