Barclays veut redevenir une maison de recherche actions de référence
A rebours des restructurations en cours dans les banques d’investissement européennes, peu de maisons osent encore afficher, comme Barclays, des ambitions fortes dans la recherche sur actions. En plein Brexit et deux ans après l’entrée en vigueur de MIF 2, la directive européenne qui a porté un coup à l’analyse financière en dissociant sa facturation des prestations de courtage, «nous voulons être l’un des trois premiers fournisseurs de nos clients dans ce nouveau monde», déclare à L’Agefi Rupert Jones, responsable de la recherche actions pour l’Europe chez Barclays. Alors que la banque britannique figure plutôt dans le bas du top 10 européen, «nous prévoyons d’augmenter nos revenus en 2020, quand nous serons au complet, après les réinvestissements que nous avons réalisés», affirme le dirigeant.
Analystes à Londres et à Paris
Recruté en 2017, après son départ de l’américaine Morgan Stanley où il avait passé 18 années, Rupert Jones a les coudées franches pour rebâtir la franchise de recherche actions de Barclays, l’une des rares banques européennes à conserver des ambitions mondiales dans les activités de marché, après le redressement drastiqueopéré par son patron Jes Staley. «Depuis juillet 2017, nous avons recruté plus de 60 analystes en Europe, explique Rupert Jones. Nous avons bâti des équipes spécialisées en stratégie, investissement socialement responsable et thématique, science des données, banques et institutions financières, industrie, équipements, et biens de consommation. Quelques recrues viennent de banques de premier et deuxième tiers comme la Société Générale (en grande consommation, ndlr) et Macquarie, les autres de sociétés buy-side (gestionnaires d’actifs, ndlr) et de hedge funds». En net, l'équipe européenne aurait gagné une dizaine de personnes, compte tenu du turn-over. Elle compte au total environ 120 professionnels, dont une moitié d’analystes seniors, basés principalement à Londres et pour quelques-uns à Paris, indique une source. Le dispositif est quasiment complet, hormis dans le luxe où la banque peine à recruter.
Ces investissements doivent encore porter leurs fruits après deux années difficiles pour l’industrie (lire par ailleurs). «Nous voulons être bien classés afin d'être payés correctement pour la qualité de notre recherche, déclare Rupert Jones. L’an un de MIF 2, les coûts ont reculé de chez tous les fournisseurs [d’analyse] et cette année les clients sont devenus bien plus sélectifs dans leur relation avec les entreprises de recherche». En clair, ils ont réduit le nombre de leurs prestataires sous l’effet de la réglementation, de la montée de la gestion passive et de l’automatisation des métiers. En 2018, les budgets des investisseurs alloués à la recherche avaient déjà globalement reculé de 6,36% en Europe sur un an (à l’exception de la Suisse), selon une enquête auprès de 450 institutions financières réalisée par l’association de formation financière CFA Institute.
Derrière les Américains
L’offensive de Barclays reste fragile. Après un rebond de 25% sur l’exercice 2018, les revenus globaux de sa ligne métier actions (courtage sur les marchés secondaires) ont reculé de 11% à l’échelle mondiale sur les neuf premiers mois de 2019, pour s’établir à 1,48 milliard de livres (1,73 milliard d’euros). Sur les marchés primaires (introductions en Bourse…), la banque occupait à fin septembre la septième place mondiale derrière les mastodontes américains comme JPMorgan et Morgan Stanley, et derrière Credit Suisse, selon les données de Refinitiv. «En tant que banque d’investissement leader en Europe, nous voulons être l’alternative aux banques américaines après le retrait de plusieurs concurrents et gagner des parts de marché dans la recherche et les autres activités actions», affirme Rupert Jones.
La stratégie du groupe britannique tranche avec les coupes claires opérées par Deutsche Bank, le leader de la zone euro qui a annoncé son retrait du cash actions, au bénéfice notamment de BNP Paribas qui reprend une partie de ses activités. Ces dernières années, de nombreuses banques de deuxième ou troisième catégorie ont elles aussi réduit la voilure. La curée a notamment profité à des acteurs indépendants comme Oddo BHF qui a repris les équipes de Natixis, et surtout à Kepler Cheuvreux, qui a intégré les activités et/ou équipes d’analyse de nombreuses banques européennes comme Rabobank et Swedbank, et bientôt l’australien Macquarie. Démarrée avant MIF 2, cette course à la taille n’a pas résolu les maux du secteur, qui reste peu ou pas rentable.
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