Deutsche Bank tente le plan de la dernière chance
Deutsche Bank et les présidents de son directoire, Christian Sewing, et de son conseil de surveillance, Paul Achleitner, n’ont plus le droit à l’erreur. La première banque allemande a présenté, dimanche à son conseil de surveillance, un vaste plan de restructuration, le cinquième en dix ans, qui apparaît pour beaucoup d’observateurs comme celui de la dernière chance. Deutsche Bank a levé près de 30 milliards d’euros de capital depuis 2010, en pure perte puisque l’action traite à 0,23 fois l’actif net comptable. Les attentes sont fortes : depuis le 17 juin et les premières fuites sur l’ampleur de la restructuration envisagée, l’action a regagné 20%, effaçant ses pertes sur l’année.
Leplan se traduira par la suppression d’environ 18.000 emplois, pour un groupe qui emploie 91.500 collaborateurs, sans compter les bataillons de consultants externes. La banque d’investissement supportera le gros des coupes, en particulier aux Etats-Unis, où Deutsche Bank compte environ 9.200 salariés et tire définitivement un trait sur les ambitions mondiales nées du rachat de Bankers Trust il y a vingt ans. Le groupe a ainsi annoncé sa sortie du trading actions dans le monde, et la signature d’un partenariat avec BNP Paribas visant à transférer ses équipes et sa technologie à la banque française. Les métiers de taux subiront eux aussi un régime sec.
Deutsche Bank espère ainsi réduire de 40% les actifs pondérés en risque (RWA) de ces métiers. Elle a confirmé la création d’une structure de défaisance interne qui recueillera 288 milliards d’euros d’actifs, soit 74 milliards en RWA.
Sur le front des économies, le groupe prévoit d’abaisser de 6 milliards d’euros sa base de coûts d’ici 2022, à 17 milliards. La banque de particuliers supportera 1,4 milliard d'économies grâce à l’intégration renforcée de Postbank en Allemagne. Pour mener à bien cette transformation, Deutsche Bank enregistrera une charge de 7,4 milliards d’ici 2022, dont 5,1 milliards cette année et 3 milliards pour le seul deuxième trimestre 2019, qu’elle finira en perte de 2,8 milliards.
Au total, le groupe espère afficher en 2022 un retour sur fonds propres tangibles de 8%, et de 6% dans ses activités de banque d’investissement.
Signe des temps, Deustche Bank avait confirmé dès le 5 juillet que le patron de sa banque de financement et d’investissement (BFI), Garth Ritchie, quitterait le comité de direction à la fin du mois, laissant ainsi attendre une restructuration radicale. Le pôle sera placé sous la supervision directe de Christian Sewing. Le Britannique, qui affiche vingt-trois ans de maison, restera dans les murs jusqu’à fin novembre pour passer le relais dans de bonnes conditions sur les dossiers liés à la gestion du Brexit.
Tous les plans précédents ont échoué à remettre le groupe sur les bons rails. Avec sa BFI chancelante et une banque de détail domestique étouffée par la concurrence sur le marché allemand, Deutsche Bank pâtit d’une faible rentabilité structurelle. Seul son gestionnaire d’actifs coté DWS tire son épingle du jeu. «Le marché se demande si Deutsche Bank a un modèle économique capable de dégager une rentabilité durable dans un contexte de retournement», notait Kian Abouhossein, l’analyste de JPMorgan, avant ces annonces. «Le gros des économies doit venir des infrastructures et des ‘back-offices’», poursuivait l’analyste, soulignant que «la BFI opère avec 20.000 équivalents temps plein hors ‘front-office’». L’objectif d'économies annoncé devrait répondre aux attentes.
Pour éviter d’en appeler à nouveau à la générosité de ses actionnaires avec une augmentation de capital extrêmement dilutive – la capitalisation boursière est tombée sous les 15 milliards d’euros –, Deutsche Bank a négocié avec les superviseurs une baisse à 12,5% de son ratio de fonds propres durs CET1. Elle assurera le paiement des coupons de ses titres de capital contingent (AT1). En revanche, ses actionnaires devront se passer de dividende au titre de cette année et de la suivante. Avec un ratio de 13,7% fin mars, la banque était mieux capitalisée que nombre de concurrents et disposait d’un coussin de 192 points de base (pb) par rapport à son exigence minimale, fixée à 11,81% hors exigences de pilier 2. Mais ses marges de manœuvre sont réduites vu le montant de sa charge de restructuration. Disposer de ce coussin de sécurité, dit MDA, est essentiel pour pouvoir verser des dividendes aux actionnaires et des coupons aux porteurs de dette subordonnée.
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