Bank of America tarde à solder l’héritage de la bulle immobilière
Près de cinq ans après le début de la crise immobilière américaine, Bank of America Merrill Lynch continue à en payer le prix. «Il y a vraiment deux histoires en une. L’immobilier nous tire en arrière, alors que nous avons une belle activité commerciale dans nos autres métiers», a reconnu vendredi son directeur général Brian Moynihan en annonçant un repli de 36% sur un an du résultat net de la banque, à 2 milliards de dollars. Ce lourd passif a éclipsé les bonnes performances de la banque privée et de la banque d’investissement (hors trading) et le net redressement des cartes de crédit.
Fin décembre, BoA Merrill avait accepté de racheter aux agences de refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac des actifs subprimes, ce qui avait contribué à faire plonger dans le rouge ses comptes du quatrième trimestre 2010. Cette fois, c’est avec le rehausseur de crédit Assured Guaranty que le groupe a accepté de transiger. Le règlement à l’amiable porte sur 29 titrisations de prêts hypothécaires (RMBS) garanties par l’assureur monoline et au sujet desquelles celui-ci estimait avoir été trompé. Pour éteindre un risque évalué à 10,9 milliards de dollars, la banque versera 1,1 milliard à Assured Guaranty et prendra à sa charge une partie des pertes attendues sur le portefeuille. Coût total: 1,6 milliard, provisionnés au premier trimestre.
Au total, le pôle immobilier du groupe affiche une perte de 2,4 milliards, après les 5 milliards du dernier trimestre 2010. Les rachats des crédits vendus aux agences hypothécaires sont supérieurs aux prévisions, et la gestion de l’héritage laissé notamment par la filiale Countrywide coûte cher: la banque a dû recruter 2.500 à 2.700 personnes au cours du trimestre pour traiter les prêts douteux. Sur le front de la production nouvelle, 1.500 suppressions de postes sont au contraire prévues, en raison d’une baisse de 25% des demandes de prêt. Car le marché immobilier américain reste déprimé. Cerise sur le gâteau, Merrill Lynch ferait partie des banques qui pourraient, dès cette semaine, payer des amendes à la SEC pour mettre fin aux poursuites liées à la vente de produits structurés (CDO) avant l’éclatement de la bulle.
Le passif lié à cet héritage immobilier pourrait d’ailleurs expliquer le récent veto de la Fed. La Réserve fédérale n’a pas autorisé BoA Merrill Lynch à relever son dividende, contrairement à ses grands concurrents.
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