Banco Espirito Santo réveille les Cassandre de la crise systémique en Europe
«Une tempête dans un verre d’eau.» C’est ainsi que les analystes taux de Société Générale CIB osent qualifier la crise traversée par Banco Espirito Santo (BES), tout en admettant que «le cas de BES soulève les craintes que le lien entre Etat et banques ne soit pas complètement brisé.»
L’établissement portugais a ravivé l’inquiétude des investisseurs jeudi après l’annonce du non paiement de certains coupons sur des titres émis par son principal actionnaire, Espirito Santo Financial Group (ESFG). Ce dernier s’est vu contraint hier de céder 5,0% du capital, ramenant sa part à 20,1%, afin de pouvoir honorer le remboursement d’un prêt souscrit, auprès de Nomura selon Bloomberg, à l’occasion de la récente augmentation de capital de BES. La Banque du Portugal a en outre exigé le renouvellement de l’équipe dirigeante de la banque dès hier, sans attendre la date prévue du 31 juillet. Hier, le titre BES a encore cédé 7,5%.
La banque avait assuré dès vendredi que «les pertes potentielles résultant de l’exposition au groupe Espirito Santo ne remettent pas en cause l’observance des règles de fonds propres.» Son exposition au groupe atteindrait 1,18 milliard d’euros, mais l’établissement indique disposer d’un coussin de capital de 2,1 milliards d’euros au-delà du seuil réglementaire. Pour autant, «il reste encore des zones d’ombre dans les diverses expositions intra-holdings», soulignent les analystes crédit de Tullett Prebon. S’y ajoute «l’opacité sur les liens qui existent entre les clients de la banque et la banque elle-même, pointe Hugues de Montvalon, responsable de la recherche chez Oddo Banque Privée.
Les créanciers privés pourraient être mis à contribution. Mais «en ultime recours, l’Etat pourrait prendre une participation dans BES, estime Tullett Prebon. Le gouvernement peut encore compter sur 6,6 milliards d’euros non utilisés de l’enveloppe de 12 milliards» prévue lors du plan de sauvetage des banques du pays. Une option pour l’heure exclue par le gouvernement. Deuxième actionnaire de BES (à 14,6%), le Crédit Agricole a indiqué aux analystes de CM-CIC Securities qu’il procède à un test de dépréciation et qu’une telle action n’aurait «pas ou très peu d’impact sur son CET 1» (ratio de fonds propres durs).
D’ici la prochaine supervision unique prévue pour l’automne, «BES ne constitue pas un risque systémique pour la zone euro, juge Hugues de Montvalon. Les autorités bancaires ne resteront pas l’arme au pied en attendant que ça passe. Elles ont acquis l’expérience des crises bancaires et savent les traiter.»
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