Ant Group se pose en égal de JPMorgan
C’est l’IPO la plus attendue de l’année. Lundi, le groupe chinois Ant Group a annoncé qu’il comptait lever 34,5 milliards de dollars (29,20 milliards d’euros) lors d’une double introduction en Bourse (IPO) à Hong Kong et à Shanghai. Il s’agirait de la plus importante IPO de l’histoire, devant celle de 29,4 milliards de dollars réalisée par le géant saoudien du pétrole Aramco en 2019.
La filiale financière d’Alibaba a détaillé le prix de son offre publique initiale (IPO), prévoyant de vendre à compter de mardi sur la place de Hong Kong 1,67 milliard de titres à 80 dollars hongkongais l’unité (8,73 euros). A Shanghai, Ant compte également céder 1,67 milliard d’actions à 68,80 yuans (8,67 euros). Ses titres seront cotés à partir du 5 novembre, soit juste après l’élection américaine.
«A ce stade, cela reste une forme de pari pour le groupe. La valorisation d’Ant Group reste à confirmer, entre le prix qu’elle fixe au départ et la réalité du cours dans les semaines qui suivront», confie à L’Agefi Julien Maldonato, associé conseil, industrie financière chez Deloitte. «On a parfois des valorisation chinoises qui ont des introductions fortes et qui peuvent baisser dans le temps. Stratégiquement, Ant Group fait bien d’attendre les résultats de l’élection américaine qui pourrait faire un petit trou d’air sur les marchés», ajoute-t-il.
Visées hégémoniques
Le géant chinois devrait être valorisé environ 315 milliards de dollars avant même d’exercer son option de surallocation lui permettant de lever 5,17 milliards de dollars supplémentaires. L’entreprise serait alors l’institution financière la mieux valorisée au monde, autour de 320 milliards de dollars, dépassant les capitalisations des banques américaines JPMorgan (316,4 milliards de dollars), Bank of America (215,7 milliards) ou encore Wells Fargo (96,2 milliards). Le tout sans être soumise aux mêmes règles. Ce week-end, Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, a comparé le Comité de Bâle, le régulateur bancaire international, à un « club de vieux. » « On ne peut pas utiliser les méthodes d’hier pour réguler le futur », a ajouté le dirigeant lors d’une conférence à Shanghai, jugeant le cadre bancaire classique inadapté au développement de la Chine.
Depuis quelques années, Ant Group cherche à maîtriser tout l’écosystème financier. Lancée en 2004, la fintech a révolutionné le paiement mobile avec son application Alipay. A ce jour, le groupe revendique 700 millions d’utilisateurs mensuels pour un volume de transactions annuel équivalent à 14.000 milliards d’euros et un volume annuel de transactions dépassant les 118.000 milliards de yuans (14.400 milliards d’euros) en Chine continentale.
«Si Ant group a démontré sa puissance technologique, avec des interfaces adaptées au public chinois, cette solution ne devrait pas de suite conquérir les Occidentaux», estime Julien Maldonato. «Les Chinois préfèrent les applications très sophistiquées alors que les banques occidentales misent sur la simplicité en termes d’expériences clients. Elles devraient donc être encore préservées quelques mois ou années», poursuit l’expert, qui n’exclut pas un blocage de l’application Alipay par Washington au même titre que TikTok. Mi-octobre, le département d’Etat américain a soumis une proposition à l’administration Trump visant à ajouter le groupe chinois Ant à sa liste noire commerciale.
China International Capital et CSC Financial dirigeront l’IPO à Shanghai. Citigroup, JPMorgan ou encore Morgan Stanley dirigeront celle de Hong Kong. Les actionnaires actuels de Ant ne pourront pas vendre leurs actions pendant six mois, précise la société. Alibaba, qui détient un tiers de Ant Group, détiendra environ 32% des actions de Ant après l’IPO.
Plus d'articles du même thème
-
La France espère fédérer le G7 sur la résolution des déséquilibres mondiaux
Face à une Chine puissante par ses exportations mais entraînant d’importants déséquilibres macroéconomiques, Roland Lescure souhaite faire adopter aux ministres des finances du G7 une méthode de résolution et une coopération renouvelée. -
Olivier Blanchard relance son projet de dette commune européenne
L'ex-directeur général du FMI et Angel Ubide, cadre de Citadel, viennent de préciser leur proposition pour créer des eurobond et doter la zone euro d'un actif refuge. Une solution taillée pour désamorcer les oppositions politiques, alors que l'Europe veut gagner en souveraineté financière. -
Anne Hiebler (CACIB) : «Le M&A est un métier très exigeant qui nécessite un important engagement personnel»
La responsable des fusions-acquisitions de la banque d’investissement du Crédit Agricole a débuté dans le monde du M&A au milieu des années 90. Elle ne l’a plus quitté depuis et explique comment elle a réussi à atteindre son poste actuel tout en distillant des conseils aux femmes souhaiteraient faire carrière dans ce métier encore très masculin.
ETF à la Une
Franklin Templeton dévoile quatre ETF sectoriels américains
- BPCE, Crédit Agricole SA et le Crédit Mutuel comptent 161 banquiers millionnaires
- Atos joue gros avec un refinancement à 1,25 milliard d’euros
- BofA clame sa prudence sur Renault et Stellantis
- Eric Larchevêque fait machine arrière sur son projet de «bitcoin treasury company»
- Wero pousse les feux sur son application
Contenu de nos partenaires
-
CampagnesAnnie Genevard : « On ne peut pas rester à un tel niveau de conflictualité sur l'agriculture. Ce n'est pas sain »
La ministre de l'Agriculture défendra le texte de la loi d'urgence agricole à l'Assemblée nationale à partir du mardi 19 mai, avec la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut -
Think againPeut-on espérer de Donald Trump une « détente » ?
Ce scénario de « la stabilité stratégique constructive » avancé par Xi Jinping aurait de quoi séduire n’importe quel président normal, comme dirait l’autre. Mais l'Américain n’est pas normal. -
InterviewOthman Nasrou (Les Républicains) : « nos militants réclament la fin de la cacophonie »
Pour le secrétaire général de LR, l’objectif des élections internes des 8 et 9 juin est « d’avoir, avant l’été, un parti en ordre de bataille pour la présidentielle, redynamisé par l’élection de cadres motivés ».