Le secteur bancaire devra se réinventer face au libra
La deuxième édition «Régulation des crypto-actifs & ICO» de L’Agefi, organisée mardi, ne pouvait pas mieux tomber, le jour où Facebook dévoilait lesgrandes lignesde libra, sa crypto-monnaie qui pourrait toucher plus de 2 milliards d’utilisateurs d’ici 2020.
Depuis le 4 juin, grâce à la loi Pacte, l’AMF est en mesure de délivrer des visas optionnels visant à encadrer les prestataires de services sur actifs numériques pour les levées de fonds par émission de jetons ou Initial Coins offerings (ICO). «Si ce nouveau crypto-actif devait se développer, on peut imaginer qu’il serait échangé sur les plates-formes désireuses d’obtenir un agrément optionnel auprès de l’AMF», a déclaré Anne Maréchal, directrice des affaires juridiques à l’AMF.
Si les banques peuvent se sentir menacées, Grégory Chenue, coordinateur blockchain chez Crédit Agricole SA, veut voit le verre à moitié plein : «Le point positif, c’est que grâce à ce lancement, le sujet ‘crypto’ devra être pris en compte par les banques. On ne pourra plus mettre ça sous le tapis.»
Aucun acteur bancaire ne fait partie de la Libra Association (27 membres), mais trois spécialistes du paiement y figurent : Visa, MasterCard et PayPal. Pour Eric Bothorel, député LREM, si cette innovation offre de nouveaux services utiles pour les utilisateurs, alors «le secteur bancaire devra s’adapter». Par exemple, le trafic des paiements finirait par échapper aux banques, «les réseaux sociaux pourront s’en charger : Facebook dans un an, Telegram bientôt, WeChat le fait déjà», précise Alexis Roussel, co-fondateur de BITY, une plate-forme d’échange de cryptomonnaies basée en Suisse.
Autre point sensible : la souveraineté des Etats. «Il est regrettable de vouloir encadrer une monnaie avant même que le projet existe. Cela signifie que les Etats sont en train de perdre le contrôle sur les monnaies», souligne Alexis Roussel en réaction au rapport commandé par Bruno Le Maire aux gouverneurs des banques centrales du G7.
Qualifié d’ «ovni» de la monnaie par l’élu LREM, le libra puise à la fois dans l’univers des cryptomonnaies et dans les droits de tirage spéciaux du FMI. Cet actif pourrait servir certains Etats, par exemple en Amérique du Sud où «entre les Stable Coins d’un côté et la volatilité des crypto-monnaies de l’autre, des individus pourraient accorder un niveau de confiance supérieure au libra.»
Des interrogations persistent, sur son niveau de décentralisation, sur la gestion de la confidentialité des données par Facebook, mais aussi sur sa réserve d’actifs «qui pourrait représenter un risque systémique aux yeux des régulateurs dans le cas où l’adoption de Libra deviendrait considérable et dans le cas où ces fonds seraient déposés auprès d’institutions financières » selon Frédéric Dalibard, Chief Digital Officer de la Banque de Grande Clientèle, Natixis, Président du Conseil d’Administration, R3.
Plus d'articles du même thème
-
L'Oréal place un emprunt obligataire de 2 milliards d'euros
Le groupe de cosmétiques a réalisé une émission en trois tranches. -
La Suisse maintient son taux directeur à 0%
La faible inflation que connaît le pays ne justifie pas de changement dans la politique monétaire et la croissance du pays ne risque pas de s’emballer dans les mois à venir. -
EssilorLuxottica et Meta dégainent de nouveaux modèles de lunettes connectées, dont un sans caméra
Les deux groupes ont dévoilé la troisième génération de leurs lunettes intelligentes en tenant compte des critiques sur le respect de la vie privée.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF a d’ores et déjà collecté plus qu’en 2025
- La Société Générale aura du mal à contenter tout le monde avec son nouveau plan
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- Le patron de BoursoBank prend du galon chez la Société Générale
- La Société Générale fait de BoursoBank sa figure de proue
- Emporté par le digital, Wakam fait une sortie de route
Contenu de nos partenaires
-
Global BritainCes « vieux schnocks » qui ont tout faux sur la « Gen Z »
Au Royaume-Uni, le professeur Peter Fonagy brise le tabou de la détresse psychologique des jeunes britanniques, piégés par l'hostilité économique et l'incompréhension des aînés -
« Il a escaladé la clôture » : comment un agent d'OpenAI a piraté les données de santé en Australie
Depuis New York, Canberra a dénoncé l'incursion autonome d'un algorithme d'OpenAI dans les systèmes de Medicare. L'événement, qui a eu lieu en juin, n'a été révélé au gouvernement australien qu'en septembre -
LFI, Gaza, Ukraine : ces sujets qui ont enflammé le premier débat de la primaire de la gauche
Le premier débat télévisé organisé a mis en lumière les lignes de fracture qui traversent le centre-gauche, tant au sujet des questions internationales que de la position à adopter vis-à-vis de La France insoumise