La France a les atouts pour rester le pays européen le plus attractif en 2021

le 07/06/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'Hexagone devra rassurer sur la reprise économique et préserver son cadre de compétitivité. Les transformations technologiques et environnementales sont clés, indique le rapport 2021 d'EY.

attractivité de la France
La France accuse cependant une chute de 34% pour l’établissement des sièges et de 23% pour celui des centres de R&D.
(Free-Photos / Pixabay)

De justesse, la France a conservé en 2020 sa place de pays européen préféré des investisseurs étrangers. Avec 985 projets, elle se maintient devant le Royaume-Uni (975) et devant l’Allemagne (930), selon le baromètre 2021 d’EY sur l’attractivité de la France publié ce lundi. Toutefois, elle accuse la plus forte baisse en un an : -18%, contre -12% outre-Manche et -4% outre-Rhin, et -13% pour l’ensemble de l’Europe. «La surexposition de la France à certains secteurs (comme l’automobile, l’aéronautique ou le tourisme) et à leurs prestataires (dans les services de maintenance, d’informatique ou de relation client, par exemple) a pesé sur son attractivité, explique Marc Lhermitte, associé EY et auteur de l’étude. A contrario, l’Allemagne dont l’économie a été moins touchée par la pandémie et est historiquement plus difficile d’accès pour les entreprises étrangères, a subi une baisse moins importante ». Les seuls pays ayant enregistré une évolution positive l’an dernier, la Pologne, la Turquie et le Portugal, « ont bénéficié d’un maintien d’investissements grâce à la compétitivité de leurs coûts», poursuit Marc Lhermitte.

Pour autant, les mesures de soutien semblent avoir profité à l’attractivité française, puisque 44% des 700 dirigeants interrogés estiment que le plan de relance français est plus performant que celui des autres pays.

Pharmacie et services financiers
sont les secteurs gagnants

Ces nouveaux projets profitent à l’industrie pharmaceutique, au secteur de l’énergie, de l’eau et des déchets, et aux services financiers, alors qu’ils reculent dans l’informatique, les services aux entreprises et l’industrie. «Les services à l’industrie pâtissent de la baisse de la demande des grands donneurs d’ordres qui ont fortement réduit leurs budgets dans la crise, explique Marc Lhermitte. En revanche, les services financiers profitent de l’accélération de la banque en ligne et de quelques transferts d’activités liés au Brexit».

La France conserve sa première place pour les implantations industrielles (341 sites), même si elles sont en recul de 17%, suivie de loin par la Turquie (153 sites, en hausse de 11%), du Royaume-Uni (112 sites, en baisse de 15%) et de la Russie (avec une stabilité à 107 sites). Si au printemps 2020 se dessinait une tentation de revoir profondément les supply chains, ces projets sont moins à l’ordre du jour au printemps 2021. « A court terme, un dirigeant sur cinq pourrait relocaliser des activités en France, ce qui est encourageant, note cependant Marc Lhermitte. A l’heure actuelle, la reprise se confirme en Asie et le coût financier de ces réorganisations industrielles freine le mouvement, mais des relocalisations peuvent être envisagées dans des secteurs critiques comme la santé ou des produits qui répondent à un désir de consommation locale, comme dans l’agroalimentaire, par exemple ».

Bataille pour l’implantation
des sièges en 2022

En revanche, la France accuse une chute de 34% pour les sièges et de 23% pour les centres de R&D. «Les implantations de quartiers généraux et de centres de R&D reculent partout en Europe, constate Marc Lhermitte. Mais à partir de 2022 la bataille devrait battre son plein car les entreprises internationales sont en train de réorganiser les activités européennes, dans le sillage du Covid, du télétravail et du Brexit. Et avec le débat sur la convergence fiscale, relancé par le président Biden, la France devrait retrouver de l’attractivité pour les fonctions de siège, à condition de maintenir ses efforts en matière de fiscalité et de flexibilité qui sont très surveillés par les dirigeants».

En 2020, un projet d’investissement étranger crée en moyenne seulement 34 emplois en France, contre 48 en Allemagne, 61 au Royaume-Uni et 135 en Espagne. «Ce n’est pas nouveau, rappelle Marc Lhermitte. En France, les projets sont plus modestes, en raison de la composante coût du travail, tandis que le Royaume-Uni bénéficie de la souplesse de sa réglementation, et que l’Allemagne, plus difficile à pénétrer, accueille des projets de plus grande importance.»

Malgré l’optimisme des dirigeants sur l’avenir, plus de deux tiers estiment que les investissements retrouveront un rythme normatif seulement en 2022.

Pour 2021, «nous ne pouvons à ce stade faire des prévisions, prévient Marc Lhermitte. En ce moment, toutes les cartes sont rebattues. Les secteurs qui ont manqué en 2020 (automobile, tourisme, services aux entreprises) sont en train de se reprendre». Pour conserver sa première place en 2021, la France devra rassurer sur la reprise économique et préserver son cadre de compétitivité. «Elle fait preuve de constance sur la baisse de la fiscalité, en maintenant le cap d’un taux d’IS réduit à 25% en 2022 et en diminuant les impôts de production, souligne Marc Lhermitte. Mais à défaut d’avoir une fiscalité record en Europe, la France peut s’appuyer sur d’autres atouts, comme l’innovation et la qualité des compétences et ainsi jouer son rôle dans la compétition internationale pour les nouveaux marchés et les technologies d’avenir.»

A moyen et long terme, «nous sommes confiants sur la capacité de la France à s’adapter aux transformations technologiques, d’abord, et environnementales, ensuite, qui sont dans tous les projets des entreprises, qu’elles soient en crise ou en bonne santé, conclut Marc Lhermitte. La France a trouvé un bon équilibre entre incitation et réglementation et peut prendre le leadership sur ces domaines clés pour notre avenir». 

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