Accor donne un nouveau style à la vague des Spac
L’expérience financière de Sébastien Bazin, le PDG d’Accor, lorsqu’il dirigeait les activités européennes du fonds américain Colony Capital, n’est pas étrangère à cette innovation. Le groupe hôtelier a annoncé le 20 mai le lancement d’un Spac (special purpose acquisition company), devenant ainsi le premier industriel européen à créer ce type de société d’investissement cotée, redevenue très à la mode depuis 2020.
Métiers connexes
Jusqu’à présent tous les Spac lancés en France (Mediawan et 2MX Organic) et en Europe (Pegasus ou Efic1) avaient été initiés par des entrepreneurs (Xavier Niel, Moez-Alexandre Zouari…), des banquiers (Mathieu Pigasse, Jean-Pierre Mustier, Martin Blessing…) ou des sociétés d’investissement (Tikehau Capital, la Financière Agache…). Aux Etats-Unis, des entreprises ont initié des Spac, mais ils proviennent pour la plupart de groupes d’immobilier (Simon Property, CBRE ou Cushman & Wakefield).
Le Spac d’Accor, baptisé Accor Acquisition Company (AAC), sera coté sur Euronext Paris, comme l’ont été Mediawan et 2MX Organic. Il compte lever environ 300 millions d’euros pour réaliser une acquisition dans des métiers connexes à celui d’Accor : restauration, flex office, bien-être, divertissement, événementiel ou technologies liées à l’hôtellerie. Il sera dirigé par Amir Nahai, le directeur de la division restauration et loisirs (food & beverage et lifestyle) d’Accor. La capacité d’acquisition d’AAC dépassera les 300 millions d’euros en ajoutant l’effet de levier de la dette et l’ajout possible de fonds propres par les actionnaires par le système dit du Pipe (private investment in public equity).
«La crise a créé des opportunités d’acquisition pour Accor mais ses investisseurs souhaitent aujourd’hui que le groupe se focalise sur la gestion de l’après-crise, qui l’a violemment touché, plutôt que d’engager des capitaux dans des acquisitions», décrypte une source financière. Avec ce Spac, Accor contourne cette contrainte. Le groupe a assuré que son «investissement initial dans cette nouvelle entité sera non significatif» et il «continuera à se consacrer entièrement à la mise en œuvre de son plan d'économies Reset, à l’anticipation du rebond du tourisme et au développement rentable de ses activités ‘asset light’ de gestion hôtelière en management et en franchise».
Amir Nahai sera toutefois appuyé par trois dirigeants (senior executives) d’Accor : Pierre Boisselier (directeur financier), Nicolas Broussaud (directeur des investissements) et Besma Boumaza (directrice juridique).
Mode alternatif d’acquisition
Avec AAC, Accor pourra mettre la main sur des sociétés qui viendront compléter son offre actuelle, en les branchant sur son programme de fidélité (Accor live limitless), au moment où la crise a fait chuter les valorisations des cibles potentielles. En étant actionnaire fondateur du Spac, Accor profitera de la création de valeur potentielle au moment de l’acquisition de la cible, sans avoir à mobiliser trop de capitaux.
«Ce schéma pourrait être transposé à d’autres industries, pour des groupes qui souhaitent diversifier leur activité en limitant les risques», indique un banquier, à l’instar de ce que font certains industriels pour les start-ups avec leur fonds de capital risque. «Même s’ils se montrent intéressés, il va falloir toutefois éduquer les conseils d’administration», tempère ce même banquier.
Le Spac est vu comme un instrument purement financier et spéculatif. Au premier trimestre 2021, ces véhicules ont collecté 166 milliards de dollars aux Etats-Unis, soit autant que sur toute l’année 2020. Mais depuis, notamment sous l’effet des critiques des régulateurs ou de certains investisseurs de renom comme Warren Buffett, le filon s’est essoufflé. En Europe, plusieurs Spac peinent à sortir de terre, comme celui de 360 Capital.
Le Spac d’Accor constituera un bon test pour voir si le marché et d’autres industriels sont prêts à s’approprier ce mode alternatif d’acquisition.
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