La poudre sèche des Spac est prête à exploser
Il va maintenant falloir songer à investir. Les 384 Spac qui sont actuellement à la recherche de cibles à acquérir ont de quoi faire sauter la banque. Ces «sociétés chèque en blanc» cotées, chargées de trouver des cibles avec lesquelles elles vont fusionner pour les amener en Bourse, totalisent aujourd’hui 129 milliards de dollars de capitaux, selon Goldman Sachs. De quoi générer un total de 900 milliards de dollars en valeur d’entreprise en fusions et acquisitions au cours des 24 prochains mois, estime la banque.
Ce montant reste théorique. Il faudrait, pour cela, que tous les Spac actifs trouvent des cibles et que les conditions des acquisitions futures soient les mêmes que celles observées lors des derniers mois. Le développement extrêmement rapide de ces sociétés depuis le printemps 2020, et les sommes en jeu, ont cependant fait tiquer les autorités. Les avertissements des régulateurs se multiplient. Ce qui a provoqué une chute brutale du nombre d’introduction de ces véhicules depuis trois semaines.
Le dernier coup de semonce en date vient de Natasha Cazenave, la toute nouvelle directrice exécutive de l’Esma, l’organisme de régulation des marchés européens. Elle était auditionnée par le Parlement européen le 22 avril, juste avant que celui-ci approuve sa nomination à ce poste. Natasha Cazenave a estimé, devant les parlementaires, qu’il était encore trop tôt pour déterminer si l’engouement autour des Spac relevait d’une «bulle», ou si ces véhicules avaient un intérêt à long terme. «Nous devons nous inspirer de l’expérience américaine et l’Esma peut évaluer les avantages et les risques de ce type d’investissements», a-t-elle déclaré, en réponse à un membre de la Commission des affaires économiques et monétaire qui s’inquiétait du développement rapide de ces sociétés.
Méfiance généralisée
La réglementation pourrait donc se durcir pour les Spac. Depuis environ un mois, les Etats-Unis, ont clairement marqué leur méfiance sur ce type de structures. John Coates, membre du gendarme de la Bourse américaine, la Securities and Exchange Commission (SEC), et chef de la division de la supervision de la finance d’entreprise, a souligné mi-avril le besoin de transparence sur ces sociétés. Même si la Grande-Bretagne a ouvert une consultation pour modifier une législation très restrictive sur les Spac qui freine leur cotation sur la place londonienne, cela n’a pas suffi à rassurer les promoteurs de ces produits.
Depuis le début du mois d’avril, Goldman Sachs a dénombré seulement huit Spac introduits en Bourse, contre une moyenne de 23 par semaine pendant le premier trimestre : 283 Spac se sont introduits en Bourse depuis le début de l’année. Pendant les trois premiers mois de 2021, les capitaux levés se sont montés à 93 milliards de dollars, à comparer aux 77 milliards de dollars de 2020, qui avait déjà été une année record, aux 14 milliards de 2019 et aux 9 milliards de 2018.
Performance sous surveillance
L’afflux de capitaux, et donc d’investisseurs, a aussi poussé ces derniers à s’intéresser à la performance boursière de ces produits. Or, en 2021, celle-ci n’est guère reluisante. Depuis le début de l’année, l’indice Next Gen Spac Derived ETF, composé de 200 Spac cotés à New York, a baissé de 10%, pour un marché américain qui a progressé de 8,5% dans son ensemble. Cette piètre performance rappelle certainement aux souscripteurs l’étude, désormais célèbre, publiée par des chercheurs de la New York University School of Law et de la Stanford Law School. Celle-ci constate que les actions des Spac ont tendance à chuter d’un tiers de leur valeur ou plus dans l’année suivant une fusion. Pour conclure que «ce sont les investisseurs qui détiennent des actions au moment des fusions des Spac et pendant un certain temps par la suite, qui paient la plus grande partie de la facture des coûts ».
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