Stéphane Davin : «En matière de M&A, l’attractivité de la France reste forte»
L’Agefi : Bruno Le Maire a mis un veto à un rapprochement entre Carrefour et Couche-Tard. Comment ce message est-il perçu par les investisseurs alors qu’Emmanuel Macron défendra ce lundi, auprès de dizaines de dirigeants d’entreprises étrangères, l’attractivité de la France ?
Stéphane Davin : J’ai l’habitude de dire à nos clients étrangers que les cas de refus sont extrêmement rares. Mais il est aussi vrai que le repli protectionniste observé sur la plupart des continents nous amène désormais à prévenir nos clients d’un risque plus important de politisation des opérations transfrontalières. J’appelle toutefois à ne pas surinterpréter le veto de Bercy sur le dossier Carrefour, car l’attractivité de la France reste forte. Depuis le deuxième semestre 2020, et plus particulièrement depuis novembre, nous constatons l’émergence de nombreux nouveaux projets, initiés par des acquéreurs français ou étrangers, en premier lieu américains et asiatiques.
N’y avait-il pas d’autres moyens d’aborder ce rapprochement ?
Le veto de Bercy nous a surpris, même si la souveraineté est un élément important qui mérite d’être protégé. Le gouvernement a juridiquement le droit de s’opposer à un rapprochement dans le secteur de la distribution de produits agricoles lorsqu’il en va de la sécurité alimentaire nationale. Mais plus généralement, on peut se demander si la perspective d’une autorisation dans ce secteur en échange de certains engagements en matière de sécurité des approvisionnements aurait pu prospérer. Ces négociations ne sont pas inhabituelles dans d’autres domaines d’activité.
Dans ce contexte, comment peut-on expliquer l’afflux d’investissements en France ?
Avant tout par des facteurs macroéconomiques, notamment grâce à la faiblesse des taux d’intérêt et à l’importance des liquidités dans le monde. Il y a aussi une vraie nécessité d’aller chercher de nouveaux marchés et de la croissance. Le Covid-19 a révélé la vulnérabilité de nombreux groupes, qui doivent aujourd’hui se transformer et se digitaliser. Or la croissance externe est encore le meilleur moyen d’y parvenir. D’autres groupes doivent se séparer de pans entiers d’activités, pour se recentrer ou réduire leur endettement.
Reste-t-il des freins à l’attractivité de la France ?
La France reste perçue comme un pays changeant trop souvent de réglementations, notamment en matière fiscale. Elle n’est pourtant pas si lourde, comme en témoigne le niveau d’imposition des sociétés. L’attractivité française s’est toutefois améliorée depuis 2017 et le pays peut se targuer d’un excellent niveau de productivité des salariés et de bonnes infrastructures.
Plus d'articles du même thème
-
Allspring Global Investments envisage une vente
La société de gestion américaine étudie une cession qui pourrait la valoriser à environ quatre milliards de dollars. -
EXCLUSIFLes acteurs du M&A repassent à l’offensive en Europe
Près des deux tiers du marché anticipent une hausse des opérations au cours des douze prochains mois, portée par la digitalisation et un regain d’intérêt pour les actifs décotés. -
Amundi finalise son partenariat capitalistique avec ICG
Amundi prend 9,9 % du capital d'ICG, ce qui représente un investissement d'environ 620 millions d'euros.
ETF à la Une
Les particuliers français propulsent la collecte des ETF européens vers un nouveau record
- La Société Générale aura du mal à contenter tout le monde avec son nouveau plan
- La coûteuse ardoise de la frilosité des épargnants français
- Axa place la conquête au coeur de son nouveau plan stratégique
- La Société Générale mise sur une meilleure éducation financière des femmes
- Les banques ne seront pas désintermédiées, elles seront tokenisées
Contenu de nos partenaires
-
Richard Mille fête l’élégance automobile à Chantilly
Organisé à Chantilly en septembre tous les deux ans, Arts & Elégance réunit une population sensible à la chose mécanique. Une aubaine pour l’horloger contemporain Richard Mille, partenaire de ce concours d’élégance haut de gamme. -
La Fabrique de l'OpinionChristophe Périllat, patron de Valeo : « Le made in Europe n’est pas du protectionnisme, c’est de la souveraineté »
Face à la concurrence chinoise, le directeur général de l'équipementier automobile salue l'évolution de Bruxelles et mise sur la reconversion technologique de son groupe pour préserver l'emploi -
IdentitésPrésidentielle : Zemmour vote Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon est l'adversaire que l'extrême droite peut le plus espérer au second tour, tant il concentre sur lui le rejet d'une partie de l'électorat. Chaque polémique qui le remet au centre du jeu resserre ce duel