La Commission européenne réaffirme ses ambitions sur le rôle international de l’euro
La Commission européenne (CE) a présenté mardi une nouvelle stratégie visant à promouvoir l’utilisation de l’euro à l’échelle internationale. Les velléités de l’exécutif européen de faire de l’euro un concurrent de taille face au dollar avaient déjà été affirmées en 2018, à la suite des sanctions américaines contre l’Iran, dont les conséquences avaient affecté plusieurs entreprises du bloc. La nouvelle stratégie européenne intervient à la veille de l’investiture de Joe Biden en tant que président des Etats-Unis et répond à la nouvelle volonté européenne d’affirmer «l’autonomie stratégique ouverte» de l’UE.
Aux termes d’une stratégie en 15 points, Bruxelles prévoit de promouvoir auprès des pays tiers l’utilisation de la monnaie unique et de soutenir le développement d’instruments et d’indices libellés en euros. La CE compte en particulier continuer à favoriser le statut de monnaie internationale de référence de l’euro dans les secteurs de l'énergie et des produits de base, et notamment le secteur des nouveaux vecteurs d'énergie tels que l’hydrogène. Une intention déjà formulée en 2018, alors que ces deux dernières années, la part des contrats gaziers signés en euros est passée de 38% à 64%.
Euro numérique
«L’euro est la deuxième monnaie la plus importante du système monétaire international. Pourtant, son influence notamment en tant que monnaie de réserve et d’investissement, reste en deçà de son potentiel», constate la CE. «Un rôle international accru pour l’euro renforcera l’autonomie stratégique ouverte de l’UE, en particulier en protégeant le système financier contre les chocs de taux de change, en diminuant notre dépendance à l'égard d’autres devises et en réduisant les coûts de transaction, de couverture et de financement pour les entreprises de l’UE», développe encore l’exécutif européen.
La Commission qui promet de soutenir les travaux de la Banque centrale européenne (BCE) concernant l'émission éventuelle d’un euro numérique, s’engage en outre à renforcer le statut de la monnaie unique en tant que «devise par défaut des produits financiers durables» et à promouvoir le recours aux obligations vertes.
Réduire les vulnérabilités
Bruxelles entend enfin développer la résilience des infrastructures essentielles de ses marchés financiers, comme les bourses, les banques, les contreparties centrales ou encore les dépositaires centraux de titres, contre les interférences étrangères. Dans le contexte du Brexit, la Commission annonce ainsi la mise en place d’un groupe de travail chargé d'évaluer les éventuels problèmes techniques liés au transfert de contrats libellés en euros ou dans d’autres monnaies de l’UE à des chambres centrales de compensation (CCP) établies dans l’UE. Si une décision d'équivalence règlementaire a été accordée aux CCP britanniques jusqu’en juin 2022, ce délai doit servir de période de transition aux CCP de l’UE pour développer leur capacité et réduire la grande dépendance de l’Europe vis-à-vis du Royaume-Uni en la matière. «Le fait qu’une grande partie des contrats libellés en euros soient compensés en dehors de l’UE constitue un point de vulnérabilité», a observé la commissaire aux Services financiers, Mairead McGuinness.
La Commission prévoit par ailleurs «d’analyser minutieusement», en coopération avec la BCE et les autorités européennes de surveillance financière, les vulnérabilités des sociétés d’infrastructure de marchés face à l’éventuelle application extraterritoriale illégale de mesures unilatérales prises par des pays tiers, afin d’agir pour y remédier. Bruxelles examinera d’autres options «politiques» pour dissuader et contrecarrer davantage l’application de mesures extraterritoriales.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse -
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