Le Luxembourg entend rattraper son retard sur les ETF actifs
L’industrie des fonds indiciels cotés (ETF) poursuit son évolution. D’après les données du fournisseur ETFGI, les encours mondiaux ont atteint un nouveau record à 21.240 milliards de dollars fin février 2026. Si les produits passifs dominent encore largement le marché, avec près de 90 % des actifs, la dynamique de collecte bénéficie désormais aux stratégies actives.
À fin février 2026, les ETF actifs totalisent 2.150 milliards de dollars d’encours et enregistrent des flux nets de 167,58 milliards de dollars depuis le début de l’année. Ils ne représentent que 10 % des actifs sous gestion, mais ils concentrent plus de 25 % de la collecte des ETF. Une tendance confirmée par le rythme des lancements, qui sont majoritairement orientés vers des véhicules activement gérés.
D’après Arnaud Gebhart, responsable de la plateforme ETF internationale chez JP Morgan AM, les ETF actifs possèdent un avantage sur leurs homologues passifs : «Les ETF actifs offrent une transparence, une liquidité et une fiabilité comparables à celles des ETF passifs, mais ils fournissent une protection de l’alpha dans des environnements très volatils que les ETF passifs ne proposent pas réellement», indique-t-il lors d’un panel à l’occasion de l’Alfi Global Asset Management Conference à Luxembourg.
Une véritable stratégie depuis 2024
Dans ce contexte, le Luxembourg pense avoir une carte à jouer sur ce segment. Le Grand-Duché espère rattraper son retard vis-à-vis de l’Irlande, qui est historiquement dominante dans la domiciliation des ETF. L’ambition consiste à attirer des structures hybrides : «L’expertise du Luxembourg en matière de gouvernance et d’analyse produit favorise l’innovation et renforce la concurrence avec l’Irlande», observe Arnaud Gebhart, tout en rappelant que les ETF de JP Morgan sont majoritairement domiciliés à Dublin.
Depuis 2024, plusieurs mesures ont été mises en œuvre au Luxembourg. Le gouvernement a décidé d’exonérer les ETF actifs de la taxe d’abonnement. Un alignement avec les ETF passifs, mais surtout avec certaines juridictions européennes comme celle de la France. Parallèlement, la Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) a autorisé les gérants à différer la publication de la composition de leur portefeuille avec un délai d’un mois maximum. D’autres décisions ont également été favorables comme la digitalisation du processus d’approbation.
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Désormais, le processus d’agrément passe par un système d’identification via la plateforme eDesk. Parmi les nouveautés, les prospectus n’ont pas besoin d’être mis à jour dans certains cas précis : «Si votre prospectus contient déjà des informations sur le modèle de fonctionnement de l’ETF, le lancement de nouvelles catégories de parts ne prend que quelques jours», détaille Sergio Venti, Partner chez Deloitte Luxembourg.
Le Grand-Duché a également acté une directive sur la dénomination, qui permet notamment de lancer des catégories de parts d’ETF sans modifier les noms des compartiments. Ces différentes mesures ont notamment facilité les lancements de catégories de parts.
Un marché en structuration
Dans cette course aux ETF actifs, les gestionnaires d’actifs se positionnent. Pour Sergio Venti, le marché pourrait répéter les logiques de concentration observées dans la gestion passive avec «le syndrome du tout au vainqueur». Jusqu’à présent, les clients institutionnels étaient principalement ciblés, mais le marché européen des ETF s’ouvre progressivement au retail : «De plus en plus d’Européens ont fait le constat qu’ils ne peuvent plus compter sur les régimes de retraite et qu’ils doivent donc investir eux-mêmes», estime Arnaud Gebhart.
Cette évolution s’accompagne d’une montée en maturité des investisseurs, selon eux. Andrew Craswell, responsable européen de la gestion de la relation client chez Brown Brothers Harriman, a évoqué que 82% des investisseurs européens sont désormais à l’aise avec l’investissement via une structure de fonds d’actions. Un chiffre qui s’appuie sur l’enquête annuelle sur les ETF publiés par la banque américaine.
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Toutefois, la bataille pour la distribution reste féroce : «Les nouveaux entrants cherchent à utiliser les ETF pour accéder à de nouveaux canaux de distribution à travers des plateformes en ligne, des néo-banques ou des robo-advisors», indique Sergio Venti. Cette évolution suppose que les émetteurs fournissent de nombreuses données pour développer des portefeuilles modèles et alimenter les algorithmes des plateformes.
La réflexion sur la stratégie, les équipes ainsi que la plateforme de produits sont essentielles pour réussir à trouver sa place dans cet univers. Les acteurs interrogés dans ce panel s’accordent également sur la nécessité de s’engager sur le long-terme, minimum cinq ans, dans l’éducation financière et la position de la marque.
Des avantages à développer
En revanche, le Grand-Duché possède encore quelques limites. Sergio Venti regrette notamment que la réplication synthétique n’ait pas «vraiment pris son essor au Luxembourg». Il considère que c’est «un point d’attraction important» pour limiter la retenue à la source pour les actions américaines. Ce véhicule permet d’être exposé via des swaps sans détenir directement les titres sous-jacents.
Le constat sur les ETF synthétiques est partagé par Arnaud Gebhart : «Les ETF synthétiques constituent une innovation majeure qui mérite d’être encouragée parce que ces produits neutralisent les avantages fiscaux de l’Irlande par rapport au Luxembourg», affirme-t-il. Actuellement, la retenue à la source sur les dividendes des actions américaines s’élève à 15 % en Irlande grâce à un accord bilatéral favorable, contre 30 % au Luxembourg. Le responsable de la plateforme ETF internationale chez JP Morgan AM indique également que les ETF obligataires gérés activement offrent «un énorme potentiel».
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À l’inverse, l’Europe reste à la traîne pour l’intégration des actifs privés dans les ETF. Au Luxembourg, des produits avec des CLO, c’est-à-dire des titres de créance de prêts d’entreprises emprunteuses, ont connu un certain succès ces derniers mois, mais «c’est probablement tout ce que nous pourrons mettre en place à court terme», considère Andrew Craswell.
La tokenisation constitue également une piste d’innovation, à condition de résoudre les enjeux de liquidité tout en assurant des contreparties fiables. Dans cette hypothèse, Andrew Craswell assure que la tokenisation «pourrait constituer une tendance à moyen et long terme». Au-delà de ces évolutions, les différents intervenants s’accordent surtout sur la nécessité d’harmoniser certaines règles fiscales en Europe pour véritablement développer le marché des ETF actifs. Un appel de plus pour se rapprocher de l’Union de l'épargne et de l’investissement.
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