«Goldman Sachs AM a lancé un ETF captant certains moteurs de croissance du private equity»
Petit Poucet dans le marché européen des ETF, au 29ème rang en termes d’encours selon les chiffres de Trackinsight à fin 2025, Goldman Sachs AM cherche à passer à la vitesse supérieure. Les lancements se multiplient, y compris sur des niches de marché innovantes.
L’Agefi : Goldman Sachs AM s’est lancé sur le marché des ETF en 2015. Où en sont vos encours ?
Rima Haddad : Notre philosophie a toujours été de capitaliser sur notre expertise interne de gestion active et non de sous-traiter cette gestion à un fournisseur d’indices. En 2015, nous avons commencé par développer notre franchise «active beta», à savoir des stratégies multifactorielles développées par les équipes QIS et mises sur le marché à travers une enveloppe ETF. Nous avons la plus grosse part de marché aux Etats-Unis sur ce segment du smart beta. Aujourd’hui, nous continuons de chercher à apporter notre approche active dans les ETF que nous lançons, qu’ils soient passifs ou actifs. A l’échelle mondiale, nous gérons désormais 55 milliards de dollars sous format ETF, dont l’essentiel est aux Etats-Unis.
Selon Trackinsight, l’Europe ne pèse qu’un peu plus de 2 milliards dans ce total. Pourquoi ?
Rima Haddad : Nous nous sommes lancés plus tard en Europe : les premiers produits sont sortis en 2019, avec 13 lancements d’ETF l’an dernier, tous actifs. Les investisseurs européens apprécient l’enveloppe ETF pour sa liquidité, sa facilité d’intégration dans les systèmes opérationnels ainsi que son efficience en termes de coûts. C’est une dimension essentielle dans le contexte réglementaire actuel : les ETF actifs cherchent à apporter une solution aux contraintes de Value for Money pour les investisseurs attachés à la gestion active. Nous avons ainsi développé une gamme d’ETF spécialement conçue pour le marché européen, couvrant les actions, les obligations ainsi que les solutions durables, notamment les obligations vertes et PAB (Paris-aligned benchmarks).
Vous êtes-vous également positionnés sur des stratégies de plus forte conviction ?
Rima Haddad : Pour nos ETF actions, nous nous sommes concentrés sur l’expertise des équipes QIS – et leur track record de plus de 35 ans – car c’est sur cela que nous percevons une demande. Dans l’univers obligataire en revanche, où nous avons lancé huit ETF, notre approche de gestion est plus fondamentale et s’appuie sur nos analystes crédit internes. Nous n’avons pas choisi une approche «one size fits all».
Capter la performance du non coté
Mi-janvier, vous avez lancé en Europe un ETF dont l’objectif est de reproduire la performance du marché du private equity. Comment fonctionne-t-il ?
Oliver Bunn : Le Goldman Sachs MSCI World Private Equity Return Tracker UCITS ETF est le résultat d’une collaboration avec MSCI. Ce dernier dispose d’une très grande base de données sur le private equity depuis qu’il a acquis Burgiss : elle couvre l’équivalent de 5.500 milliards de dollars d’encours, plus de 6.000 fonds de private equity et 85.000 entreprises sous-jacentes. Ces informations permettent de développer une compréhension fine des caractéristiques des portefeuilles de private equity (exposition géographique, allocation sectorielle, facteurs de risque) sur différents segments de marché et d’identifier certains de ses moteurs de performance. Grâce à ces enseignements, MSCI a développé le MSCI World Private Equity Return Tracker Index, dont notre ETF vise à reproduire au plus près la performance. Le portefeuille est composé uniquement d’actions cotées. Il n’y a ainsi aucun titre non coté dans notre ETF.
Auriez-vous un exemple de ces moteurs de performance qu’il est possible de répliquer ? Lesquels ne peuvent pas l’être au contraire ?
Oliver Bunn : Nous avons par exemple montré que le segment du buy out pour la zone EMEA est surpondéré sur le Royaume-Uni, l’Allemagne et Israël, par rapport à un indice d’actions cotées classique. Inversement, la France et la Suisse sont sous-pondérées. De même, le secteur des technologies de l’information est sur-représenté, ce qui n’est pas le cas dans le buy out américain, qui est surpondéré sur la santé. Des constats similaires peuvent être faits sur les styles (croissance, taille…). Mais il existe des caractéristiques propres au private equity que nous ne pouvons pas capter, comme la prime d’illiquidité ou des facteurs plus organisationnels. Cet ETF doit être vu comme un compromis : c’est un produit liquide et transparent qui capte une partie de la génération de valeur du private equity.
Comment se situe-t-il en termes de performance ?
Oliver Bunn : Il existe deux bases de comparaison : un indice large d’actions cotées (le MSCI World IMI par exemple) et un indice non investissable représentatif de la performance du private equity, dont MSCI a démontré empiriquement qu’il générait une valeur historique à long terme supérieure à celle de l’indice boursier large. Le MSCI World Private Equity Return Tracker Index se trouve à environ mi-chemin des deux en termes de performance.
A lire aussi : Amundi reste le plus important collecteur en 2025 sur les ETF européens
Quels cas d’usage anticipez-vous pour cet ETF ?
Oliver Bunn : C’est un outil supplémentaire dans un spectre qui va désormais du private equity traditionnel (illiquide, frais élevés) à cet ETF, en passant par les fonds evergreen semi-liquides du type Eltif en Europe. Il peut tout d’abord être utile aux investisseurs qui n’ont pas accès à l’ensemble de cette palette. Il peut également être une solution de gestion de la liquidité en lien avec un investissement en private equity : placement de la poudre sèche en attendant les appels de fonds, investissement provisoire à l’échéance d’un fonds en attendant un réinvestissement, poche de liquidité de fonds evergreen…
Acquisition d’Innovator
Pourquoi ne pas avoir opté pour un ETF investi dans les actions des gérants de private equity (GPs) cotés (Apollo, Blackstone, KKR…), comme cela existe déjà ?
Oliver Bunn : Nous voulions comprendre de manière plus approfondie comment fonctionne l’univers du private equity, en adoptant une approche bottom-up. L’autre option est plus top-down. Par ailleurs, le private equity est une activité très importante du modèle d’affaires de ces GPs mais pas la seule : certains sont très présents en dette privée par exemple. Nous voulions apporter une solution complémentaire.
GSAM a acquis, début décembre, Innovator Capital Management, un gérant américain spécialisé dans les ETF à performance définie, dits «defined outcome». Allez-vous déployer cette offre en Europe ?
Oliver Bunn : Innovator, dont l’encours était de 28 milliards de dollars sous gestion à fin septembre, est à la pointe de l’innovation dans le domaine des ETF «defined outcome» et en particulier des ETF «buffer». Ces produits offrent aux investisseurs une forme de coussin en cas de baisse des marchés, grâce à l’utilisation d’options, en contrepartie d’une moindre participation aux hausses. Différents niveaux de protection sont possibles. C’est un champ de développement très intéressant pour les ETF actifs mais qui implique que l’écosystème (participants autorisés, market makers, Bourses…) s’adapte. Nous pensons que le paysage de marché en Europe pourrait connaître une adaptation similaire, que nous suivrons de près pour identifier de nouvelles opportunités de développement pour l’activité d’Innovator.
Rima Haddad : On estime qu’il y a du potentiel de marché si l’on en juge par le succès des produits structurés. Le format ETF est intéressant car il permet de décliner ces stratégies sous forme de fonds, accessibles au plus grand nombre et transparents.
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