Salaires dans la banque, du leurre dans les épinards
Alors qu’une intersyndicale (CFDT, CFTC, CGT, FO, SNB) revendique une augmentation générale de 3,2 % des salaires dans la branche AFB du secteur bancaire, la délégation patronale a fait, le 16 février, « une proposition dérisoire et indécente portant sur une augmentation des minima, qui concernerait à peine plus de 1 % des salariés de la branche (2.000 sur 165.000) », considère Béatrice Lepagnol. secrétaire générale adjointe de la CFDT Banques et Assurances. Les syndicats maintiennent donc leur demande initiale.
Car pour Béatrice Lepagnol, « c’est le moment de taper fort ». Et d’avancer les arguments ayant alimenté toutes les négociations salariales du secteur : reprise économique, bénéfices record, contexte inflationniste avec l’envol des coûts de l’énergie. Et des collaborateurs qui ont tenu le cap durant la crise sanitaire. « Il y a une forte attente des salariés qui voient leur pouvoir d’achat diminuer, surtout dans la banque de détail où les rémunérations ne sont pas très élevées. Les augmentations individuelles, qui ont pris une place prépondérante, ne touchent qu’environ 20 % des effectifs. Et il n’y a eu aucune revalorisation véritablement collective depuis 1991 dans la branche, dont nous attendons qu’elle joue son rôle de régulation. »
PV de désaccord
Dans les grandes banques, qui ont déjà terminé ce délicat exercice de la NAO, le retour des augmentations collectives n’a pas étouffé le mécontentement. A La Banque Postale, la direction propose une mesure collective de 1,5 % pour les salaires allant jusqu’à 42.000 euros annuels, et de 0,75 % pour ceux compris entre 42.000 et 65.000 euros, avec un plancher de 400 euros. « La dernière version du projet d’accord a obtenu un soutien mitigé au sein de notre organisation syndicale, précise Cristian Gheorghe, délégué syndical national SNB CFE-CGC. La direction a cependant suivi plusieurs principes que nous avons défendus, dont une augmentation de 500 euros brut destinée à récompenser la fidélité des salariés à l’ancienneté importante et pour lesquels les écarts salariaux se creusent avec les nouvelles recrues. Ainsi qu’une enveloppe de revalorisation de 1 % en faveur des collaborateurs n’ayant pas eu d’augmentation individuelle depuis trois ans (cumulable avec la mesure générale). » Un accord – auquel s’ajouteront des augmentations individuelles (hors négociation) à la main des managers – que le syndicat juge donc « acceptable ».
BNP Paribas, aussi, a consenti une augmentation pérenne de 0,6 % pour les salaires inférieurs à 80.000 euros, avec un plancher de 280 euros brut. Les salariés de la Société Générale gagnant moins de 55.000 euros bénéficieront pour leur part d’un coup de pouce de 0,7 % avec un plancher de 250 euros. La banque a également augmenté la grille de ses minima de 1,5 %.
Crédit Agricole SA, en revanche, a campé sur ses positions en allouant une enveloppe de 2,1 % uniquement consacrée aux augmentations individuelles. A la mi-janvier, les négociations bouclées dans dix des entités du groupe s’étaient d’ailleurs soldées par cinq PV de désaccord. Au niveau de l’organe central, seules la CFTC et la CGC ont signé. Car pour Valérie Delacourt, déléguée syndicale centrale CFDT chez CASA, « tous les salariés auraient dû être associés au partage des résultats » (5,8 milliards d’euros de bénéfice en 2021, NDLR). Le directeur général Philippe Brassac nous a répété qu’il restait attaché à la méritocratie. Mais il est prévu qu’une prime Pepa (prime exceptionnelle de pouvoir d’achat, NDLR) de 700 euros versée en 2022 pour les salaires allant jusqu’à 50.000 euros annuels soit pérennisée au 1er janvier 2023 via une augmentation générale de 1,3 %. Beaucoup se sont agacés de cette mesure, en se demandant où était le piège. »
Désengagements
Au sein de la branche Caisse d’Epargne, les syndicats ont obtenu 0,8 % d’augmentation générale sans plancher ni plafond, ainsi qu’une prime Pepa de 600 euros. Même schéma dans la branche Banque Populaire, où la mesure collective se limite cependant aux salaires allant jusqu’à 47.500 euros annuels. Si un second niveau de négociation autorise des NAO régionales mieux-disantes, les organisations syndicales de la Banque Populaire Auvergne Rhône Alpes (BPAURA) ont, elles, claqué la porte face aux concessions jugées trop maigres de la direction : une prime de 500 euros aux salariés touchant jusqu’à deux fois le Smic et une enveloppe individuelle de 0,51 %, en baisse de 13 % par rapport à 2021, précise la CFDT. Dans ce contexte, un appel à la grève de cette dernière et du SNB pour les rémunérations et les conditions de travail a mobilisé, le 2 février dernier, 17 % des salariés de la banque régionale, selon la CFDT.
« Nous ne parvenons plus aujourd’hui à bonifier les négociations nationales, chacun se renvoie la balle », déplore Julien Nury, représentant CFDT de l’établissement. Selon lui, la politique salariale, mais aussi l’augmentation de la charge de travail dans les agences et des réponses inappropriées sur cette problématique – « notre direction propose des cours de sophrologie », illustre-t-il – généreraient « un turnover important, notamment chez les collaborateurs en poste depuis moins de cinq ans ».
Au sein du Crédit Agricole, « le taux de démissions n’a jamais été aussi élevé dans toutes les entités du groupe », affirme également Valérie Delacourt, dénonçant « le manque de considération et de reconnaissance de la direction à l’égard de ses salariés ». Un sujet très préoccupant pour la fédération CFDT Banques et Assurances : « On observe un fort désengagement, un mal être diffus et une perte de sens, alerte Béatrice Lepagnol. Lorsqu’il y a des plans de transformation avec ruptures conventionnelles collectives, les gens préfèrent partir, même s’ils se mettent professionnellement en danger. Et ça, c’est nouveau ! »
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