Ces si précieux DAF de transition
« Je suis devenu DAF* à la carte, notamment pour me sentir utile, raconte Guy Degeorges, qui travaille principalement avec des PME et des start-up. Et en ce moment, nous le sommes particulièrement. » En effet, leur rôle sera crucial auprès des entreprises qui vont avoir des difficultés de trésorerie ou qui devront saisir des opportunités de marché, dans les mois à venir. « A ce jour, nous avons beaucoup de demandes d’amélioration de la fluidité du ‘cash-flow’ et de refinancement, car la trésorerie est le nerf de la guerre en période incertaine, précise Benoit Durand-Tisnès, managing director de Wayden, spécialisé dans le management de transition. Mais nous nous attendons aussi à une recrudescence de demandes en restructuration dans les mois à venir ; nous nous y préparons. »
Ce cabinet est, comme les autres, particulièrement à recherche d’experts en gestion de crise. « Nous cherchons des directeurs financiers très orientés trésorerie et ‘business partners’, capables de gérer rapidement des restructurations ou des transformations profondes », précise Hugues Roussel, expert de l’activité finance chez Robert Walters Management de Transition. Ces intermédiaires de placement entre les entreprises et les directeurs financiers observent tous la même tendance. « Le Covid-19 a bouleversé le marché : auparavant, nous avions beaucoup de missions en remplacement dans le comité de direction ; désormais, nous cherchons des profils qui ont déjà mené des plans sociaux ou des fermetures d’usines, en plus de ceux spécialisés en accompagnement de la croissance et en transformation digitale », ajoute Emilie Couvreur, associate business director chez Robert Half Management. Certaines entreprises vont en effet sortir renforcées de la crise et en profiter pour faire de nouvelles acquisitions.
Bref, le marché est actif… mais est-il pour autant attractif ? La plupart des financiers se lancent par défaut. « Ou plutôt par hasard », raconte Frédéric Couvreur, 47 ans et manager de transition finance. Ce dernier a fait 24 ans de carrière, classique, suivant la voie royale du contrôle de gestion jusqu’au poste de directeur financier, dans des sociétés reconnues comme Valeo, Bic, LVMH et Stella International. Pour sa carrière, il part pendant 12 ans en Chine. « Puis, poursuit-il, j’ai décidé de rentrer en France à la fin de mon contrat chez Stella International, qui a profité de cette décision pour me proposer de mettre en œuvre la restructuration de sa filiale française. »
Ensuite, Frédéric Couvreur se fait connaître par Robert Half et trouve par ce biais une nouvelle mission de réorganisation de la chaîne d’approvisionnement dans une entreprise spécialisée dans les isolants thermiques. « J’aime avoir accès à des secteurs différents, tout en ayant une mission bien définie à la fois », résume-t-il. Son parcours est un cas d’école. « Le plus courant est que la première mission soit un peu subie, analyse Patrick Abadie, président fondateur de Delville Management. Souvent, il s’agit d’un financier très expérimenté mais aussi considéré comme senior à 50 ans, ou d’expatriés qui souhaitent revenir en France. Mais une fois qu’ils y ont goûté, les trois quarts ne veulent plus repartir en CDI. »
Le prix de la liberté
« Ce que j’apprécie, c’est d’arriver dans une situation complexe où je peux redresser la situation et avoir un impact concret, explique pour sa part Marc Hincker, 57 ans, qui passe par Robert Walters. J’aime la phase où il faut décrypter, trouver la voie pour être efficace rapidement et construire un plan avec une équipe. » Fort de 15 ans d’expérience en tant que contrôleur et directeur financier, il s’est aussi lancé à son retour du Mexique faute de trouver un poste classique suffisamment intéressant. « Désormais, je trouve ce métier très valorisant », ajoute-t-il.
Valorisant : ce mot est récurrent dans la bouche des professionnels, car le métier est porteur de sens et de reconnaissance chez le client. Mais financièrement, la réponse est plus mesurée. « J’ai accepté de baisser mes prix ‘parisiens’ pour pouvoir mener des missions en province et m’aligner sur les prix du marché, témoigne Marc Hincker. Je pouvais le faire car j’ai fini de payer les études de mes garçons et j’ai la chance de pouvoir souffler quelques semaines entre deux missions. »
En effet, à moins d’enchaîner celles-ci, les directeurs financiers arrivent très vite à un niveau inférieur de rémunération. « Statistiquement, les financiers y perdent quand ils deviennent managers de transition, explique Bertrand Falcotet, ancien financier et associé chez Valtus, spécialisé en management de transition. Même avec peu d’inter-contrats, il est difficile de rivaliser avec les packages d’action gratuite, de stock-options, de voiture de fonction. » Mais le DAF de transition conserve en contrepartie une véritable liberté.
*Directeur administratif et financier.
Plus d'articles du même thème
-
Volkswagen anticipe un nouveau dérapage de ses résultats en 2026
Le groupe de Wolfsburg prévoit désormais des charges exceptionnelles totalisant 10 milliards d’euros, dont 6 milliards d’euros de dépréciations sur sa filiale Porsche. -
Les robots humanoïdes pourraient aussi envahir les usines
Portées par les avancées de l’IA, les entreprises testent également ces machines dont la morphologie facilite l’intégration à moindre coût dans le secteur industriel. Avec là aussi, au-delà des gains financiers possibles à court terme, des risques macroéconomiques liés à cette polyvalence à plus long terme. -
La Banque d’Angleterre se refuse à augmenter son taux directeur trop tôt
L'inflation a bien augmenté mais ses effets restent contenus en raison des taux de crédit plus élevés et d'un marché du travail morose. La banque centrale préfère attendre encore un peu, plutôt que de risquer d'affaiblir la croissance.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF a d’ores et déjà collecté plus qu’en 2025
- La Société Générale aura du mal à contenter tout le monde avec son nouveau plan
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- La coûteuse ardoise de la frilosité des épargnants français
- Les banques ne seront pas désintermédiées, elles seront tokenisées
- La Fed sort de l'ambiguïté en remontant ses taux
Contenu de nos partenaires
-
Sous-titresDonald Trump et l'ONU : la stratégie de l'amour-haine
Malgré sa rhétorique anti-multilatéraliste et ses coupes budgétaires, le président n'a pas encore tiré un trait sur les Nations unies -
Gestion de criseCarburants : le goutte-à-goutte de Lecornu
Le Premier ministre s'en tient à la stratégie éprouvée depuis mars malgré la pression. Mais l'argument de la dette qui empêche un geste plus large tiendra-t-il longtemps ? La décision de l'Allemagne de baisser ses taxes isole la France -
La Fabrique de l'OpinionLéon XIV en France : « Le plus important n’est pas que le pape soit admiré, mais qu’il soit écouté »
Le voyage du pape en France, qui s'annonce hors normes en termes d'affluence, intervient en pleine campagne présidentielle, et peu après la légalisation de l'aide à mourir, à laquelle l'Eglise est profondément opposée. Mgr Matthieu Rougé décrypte les enjeux et les attentes qui entourent cette visite.