La double bataille de la formation
L’industrie financière est promise à de profonds changements, et pourtant elle suscite toujours des vocations. La hausse impressionnante du nombre de candidatures aux programmes spécialisés est là pour témoigner d’un pouvoir d’attraction relativement imperméable aux crises (lire notre Dossier page 20). Aux futurs jeunes diplômés, le secteur laisse encore miroiter des rémunérations plus élevées qu’ailleurs et des carrières internationales accessibles dès la première expérience, notamment à la City, grâce aux réseaux qu’ont su patiemment tisser les fleurons de l’enseignement supérieur français.
La finance propose aussi une variété de métiers qui sont allés en s’enrichissant du fait de la sophistication financière croissante et de l’émergence du shadow banking.
Au mitan des années 1990, un étudiant d’école de commerce féru de chiffres pouvait au mieux rêver de devenir trader chez Salomon Brothers ou banquier d’affaires chez Paribas ; les gestionnaires d’actifs et les fonds de capital-investissement, pour ne citer qu’eux, lui étaient quasiment inconnus. Des hedge funds à la dette privée, de l’analyse de données à la fintech, une vaste palette s’offre désormais à lui. Soumises à une concurrence mondiale sur le marché de l’enseignement, les meilleures écoles et universités ont à leur tour professionnalisé leurs cursus et adapté ces derniers aux métiers de la nouvelle finance.
Le système tourne donc à plein régime, récompense d’une expertise française mondialement reconnue en matière de formation initiale en finance. Mais la vraie bataille à livrer est ailleurs, aujourd’hui, pour une industrie qui reste l’un des plus gros employeurs du pays : la formation continue. Derrière une élite que sa technicité protège, des armées de salariés se trouvent déjà sous la menace de l’automatisation. Les emplois de demain remplaceront-ils numériquement ceux d’aujourd’hui, afin de démentir les prophéties malthusiennes que l’on entend à chaque rupture technologique ? A ce stade, le pronostic est réservé. Après Deutsche Bank, dont l’ancien patron prédisait en septembre des destructions massives d’emplois liées à l’avènement des robots, voilà que Citigroup prédit la disparition d’un emploi sur deux dans les fonctions support de sa banque d’investissement à un horizon de cinq ans. Dans les réseaux bancaires en France, la transformation à l’œuvre se veut moins angoissante, mais elle requiert un immense effort de renforcement des compétences. Or, tous les chargés d’accueil et les gestionnaires de back-office ne se mueront pas en commerciaux, et la pyramide des âges encore favorable aux employeurs ne masquera qu’un temps l’impact social de ces mutations.
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