Frenchies de Londres, « back to Paris ! »
C’est le bon moment ! », confie Eric*, financier français qui travaille depuis six ans à Londres, au sein d’une société de gestion d’actifs. Ce trentenaire, qui n’a encore jamais travaillé dans son pays d’origine, souhaite revenir en France. « Ce sont des raisons personnelles qui ont fini par déclencher cette décision mais, du point de vue économique, le timing est favorable. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, la France bénéficie d’une bonne dynamique, d’un leadership… En outre, je peux valoriser mon expérience à Londres sur mon CV auprès des recruteurs du marché français », explique l’asset manager qui est d’ailleurs en négociations avancées avec une société de gestion tricolore.
Le cas de ce professionnel français est loin d’être isolé. Les Frenchies de la City sont de plus en plus nombreux à vouloir revenir en France. A Paris, les chasseurs de têtes de la finance sont très sollicités, comme en témoignent Etienne Maillard et Johan Brucale, associés de Themis Executive Search, cabinet de chasse spécialisé dans la finance : « Nous recevons de plus en plus de demandes de la part de professionnels français à Londres qui veulent savoir comment se porte l’emploi dans la finance à Paris, à quels postes ils peuvent prétendre et avec quels ‘packages’ financiers. Outre l’aspect rémunération, l’impact fiscal et le différentiel du coût de vie (scolarité, immobilier, santé…) sont des éléments clés dans leurs réflexions. Néanmoins, l’intérêt du poste prime le plus souvent. » « Depuis un peu plus d’un an, je note une recrudescence des prises de contacts de Français travaillant à Londres qui veulent revenir en France, constate aussi Thierry Carlier-Lacour, directeur-associé chez Traditions & Associés. Notamment ceux qui sont en contrat local car ils redoutent de ne plus pouvoir exercer après le Brexit, n’ayant pas de passeport britannique. Quant aux Français expatriés, leurs employeurs les préviennent que leurs contrats ne pourront être maintenus après le Brexit. » Mais les financiers français qui migreront vers la Place de Paris pour y décrocher un emploi devront faire une importante concession. « Sur le marché parisien, il y a actuellement une forte demande de professionnels du M&A et de ‘senior bankers’ hors M&A (‘coverage’). La principale difficulté pour les Français de Londres intéressés par ces postes reste la rémunération qu’ils devront revoir à la baisse, souligne Thierry Carlier-Lacour. De l’ordre de -15 % à 20 % sur la partie fixe et de -25 % à -30 % sur la partie variable. Certains en ont conscience et sont prêts à consentir à ce sacrifice si le poste les intéresse, mais... ont-ils vraiment le choix ? » Sur ce sujet, Eric s’est fait une raison : « A Paris, ma rémunération globale va diminuer d’environ 10 %. C’est surtout mon bonus qui sera touché car à Londres, les bonus sont très élevés. Mais il faut aussi considérer le coût de la vie londonien qui est prohibitif ! Surtout quand on a des enfants. » En poste dans un family office à la City, Franck* pointe, lui aussi, cet élément qui l’incite à vouloir rentrer en France : « Le coût de l’éducation des enfants (écoles, nourrices, etc.) est exorbitant, ce sont des impôts cachés. Par exemple, les frais de scolarité d’une école maternelle privée peuvent atteindre 3.000 euros par mois et par enfant ! »
L’immobilier, une difficulté
Encore faut-il pouvoir quitter la capitale londonienne. Car le coup de froid qui a frappé le marché immobilier depuis le vote du Brexit pose des problèmes aux propriétaires français. Ainsi, un chasseur de têtes décrit la situation d’un banquier français revenu à Paris fin 2016 : « Le vrai sujet économique post-Brexit se situe, pour lui, dans l’aspect secteur immobilier : son bien, comme la majorité des biens immobiliers de ses collègues, a perdu 20 % de sa valeur suite au Brexit et, la livre ayant plongé, le delta entre l’investissement initial et la valeur de revente a eu un impact important. » Franck, qui connaît bien l’immobilier londonien, confie que cette problématique est toujours bien présente. « Je dirais que les prix à l’achat ont baissé de 10 % à 15 %. Sur le marché de l’immobilier secondaire, il y a plus de vendeurs que d’acheteurs ; je connais des Français qui ont acquis des maisons dans l’Est londonien et qui se retrouvent ‘collés’ car ils ne peuvent pas vendre leur bien au prix souhaité. »
Les retours, ou transferts, de financiers français vont accroître la guerre des talents sur la place parisienne. « Plusieurs banques américaines ont déclaré vouloir faire de Paris une place privilégiée dans leur organisation européenne pour les activités touchées par le Brexit. Cela va accentuer la pression déjà constatée sur le marché de l’emploi pour les banques d’investissement et potentiellement entraîner des revalorisations salariales pour certains métiers, anticipent Etienne Maillard et Johan Brucale. La récente réforme du Code du travail donne des gages à ces établissements pour continuer à investir en France. » « Les années 2016 et 2017 ont été dynamiques pour l’emploi dans la finance à Paris et le premier trimestre 2018 confirme cette orientation, observe de son côté Thierry Carlier-Lacour. D’autant que, maintenant que Londres et l’Union européenne sont arrivés à un accord sur le Brexit, les ‘asset managers’, fonds d’investissement et autres, devraient entériner le basculement d’équipes vers l’Europe continentale. » Dans l’attente de ces mouvements, candidats et recruteurs parisiens sont fin prêts.
*Les prénoms ont été modifiés.
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