Le retard des EPR compromet le rôle du nucléaire dans la décarbonation
Les nouveaux déboires d’EDF renforcent les doutes sur l’avenir du nucléaire. Confronté en France à l’arrêt prolongé d’une partie de son parc de centrales en raison de traces de corrosion détectées dans certains circuits entourant des réacteurs vieillissants, l’énergéticien subit également des retards et surcoûts supplémentaires afférents au chantier des deux réacteurs EPR de la centrale de Hinkley Point C, au Royaume-Uni. «Le démarrage de la production d’électricité de l’unité 1 est désormais prévu en juin 2027», indique le groupe dans son communiqué publié jeudi soir, en précisant que «le risque de report de la livraison des deux unités est évalué à quinze mois, en supposant l’absence de nouvelle vague pandémique et d’effet additionnel de la guerre en Ukraine».
A ce retard de plus d’un an s’ajoute une hausse des coûts estimée à 3 milliards de livres (3,54 milliards d’euros), ce qui porte désormais le coût global du chantier dans une fourchette comprise entre 25 milliards et 26 milliards de livres. «Nous sommes confrontés aux mêmes problèmes que d’autres grands projets, avec des pénuries d’approvisionnement et de main-d’œuvre à l’échelle de l’ensemble du pays, sans oublier l’inflation», a expliqué Stuart Crooks, le directeur du projet, dans une note au personnel distribuée par EDF. La prochaine étape clé est la pose du dôme de béton de l’EPR numéro 1, prévue pour le deuxième trimestre 2023.
Quatre dépassements de coûts en cinq ans
Pour JPMorgan, ces revers «ne sont pas une surprise pour le marché car le projet n’était pas immunisé contre la crise du Covid-19 et ses répercussions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales». Conformément au contrat signé avec Londres, ce quatrième dépassement de coûts en cinq ans n’aura pas d’impact sur la facture des consommateurs britanniques, déjà affectés par l’augmentation globale des prix de l’énergie. Cela pourrait donc amener le groupe français à assumer une part plus importante du projet. EDF, dont la dette nette atteignait 43 milliards d’euros à fin 2021, possède actuellement une participation de 66,5% dans Hinkley Point C, le reste étant détenu par China General Nuclear Power.
Ce relèvement des coûts est d’autant plus malvenu que l’énergéticien français négocie actuellement avec le gouvernement britannique le financement du projet de Sizewell C, deuxième centrale nucléaire britannique utilisant la technologie de l’EPR. La participation d’investisseurs privés à ce projet pourrait être compromise si ces derniers anticipent d’autres blocages, alors que des projets concurrents dans les énergies renouvelables offrent un retour sur investissement nettement plus rapide. Ces décalages sont également de mauvais augure pour le plan de relance du nucléaire décidé par le Royaume-Uni pour réduire sa dépendance aux combustibles fossiles. Londres a l’ambition de tripler sa capacité nucléaire installée à 24 gigawatts d’ici à 2050, ce qui permettrait de satisfaire un quart de la demande d’électricité.
Une résolution déposée par des députés européens
Plus largement, les déconvenues récurrentes émanant des EPR fragilisent la position d’autres pays, comme la Finlande ou la France, qui entendent eux aussi relancer leur programme nucléaire civil. D’un point de vue réglementaire, la reconnaissance par l’Union européenne de l’atome comme source de production d’électricité contribuant à la transition énergétique n’est de surcroît pas encore acquise. Plusieurs membres des commissions de l’environnement et de l’économie du Parlement européen ont déposé,vendredi, une objection à l’inclusion des centrales à gaz et des centrales nucléaires dans le système de taxonomie verte établi par la Commission.
L’exécutif européen propose de rendre éligible le nucléaire si les nouvelles centrales obtenant des permis de construire avant 2045 satisfont aux critères permettant d’éviter «des dommages importants à l’environnement et aux ressources hydriques». Selon certains experts, une telle inclusion desservirait les objectifs environnementaux du bloc et pourrait brouiller les repères des investisseurs sur la définition d’un actif vert. Les deux commissions devront se prononcer les 14 et 16 juin sur la résolution signée par une quinzaine de députés européens, un vote du Parlement étant attendu début juillet sur ce sujet.
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