Bolloré sécurise son contrôle sur Vivendi
Pendant que les regards se portaient sur la bataille avec Elliott chez Telecom Italia et sur la mise en examen de Vincent Bolloré, le premier actionnaire de Vivendi n’a pas oublié son bon sens financier. Selon le décompte de L’Agefi réalisé à partir des avis de l’Autorité des marchés financiers (AMF), la Compagnie de Cornouaille, l’une des sociétés du groupe Bolloré, a acheté un peu plus de 62,3 millions d’actions Vivendi entre le 23 mars et le 25 avril, soit 4,8% du capital du groupe de médias. Bolloré avait déjà exercé 21,4 millions d’options en février, pour 354 millions d’euros, comme preuve de confiance en Vivendi après la mauvaise réception des résultats annuels.
Ces achats représentent une dépense totale de 1,3 milliard d’euros. Ils ont été financés par le tirage et la souscription de crédits nantis sur des actions Vivendi. Le nouveau financement mis en place, d’un montant de 600 millions d’euros, est garanti par le nantissement de 36 millions d’actions Vivendi, pouvant potentiellement monter à 48 millions d’actions en fonction de l’évolution du cours de Bourse du groupe de médias. Ce mécanisme permet à la Compagnie de Cornouaille de n’avoir «aucune exposition économique», précise la société dans un avis transmis à l’AMF.
En engageant de telles sommes, Vincent Bolloré sécurise son contrôle sur Vivendi. L’homme d’affaires, qui a surpris en passant la présidence du conseil de surveillance à son fils Yannick lors de l’AG du 19 avril, détient désormais environ 26% du capital du groupe de médias. Un message clair adressé à tous ceux qui auraient pu imaginer réaliser le même coup qu’Elliott chez Telecom Italia. En critiquant la gouvernance de Vivendi, l’activiste a réussi à renverser le conseil d’administration de l’opérateur de télécoms italien avec 9% du capital, contre 24% pour Vivendi.
Annonces jeudi sur l’avenir d’Universal Music
Mais Vincent Bolloré a aussi profité de l’accès de faiblesse du cours de l’action Vivendi (en baisse de près de 4% entre la publication des résultats annuels le 15 février et la fin avril) pour se renforcer au capital à quelques jours d’une annonce potentiellement majeure pour Vivendi. Le directoire du groupe de médias doit annoncer jeudi, en même temps que les résultats du premier trimestre, la conclusion de sa réflexion sur une possible mise en Bourse d’Universal Music Group (UMG), le premier actif de Vivendi, représentant à lui seul plus de la moitié de la valeur du groupe.
Selon les analystes de JPMorgan, même si cette opération est attendue depuis plusieurs mois déjà, «le marché sous-estime le potentiel de cette annonce». La banque américaine valorise UMG jusqu’à 40 milliards de dollars, en cas de scission complète d’UMG, soit le chiffre avancé fin 2017 par Arnaud de Puyfontaine, le président du directoire de Vivendi. Au moment de calculer leurs sommes des parties, d’autres analystes sont beaucoup plus prudents : Barclays valorise la major à 18,5 milliards d’euros, UBS à 21 milliards, Goldman Sachs à 23 milliards et BoA Merrill Lynch à 24 milliards. La capitalisation boursière de Vivendi s’élevait à 30 milliards vendredi soir.
Vivendi n’a pas besoin d’argent frais. Fin 2017, le groupe disposait d’une trésorerie nette de 2,3 milliards d’euros. Mais la mise en Bourse, même partielle d’UMG, permettrait de valoriser cet actif, au moment où l’industrie musicale profite de la croissance du streaming. Selon JPMorgan, Vivendi pourrait utiliser la somme récupérée pour lancer un programme de rachats d’actions. Un schéma qui aurait l’avantage de mécaniquement faire monter un peu plus haut Vincent Bolloré au capital...
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