- Droit
- Tribune
Réforme des tribunaux des activités économiques : ETI et grandes entreprises passent (encore) à la caisse
Depuis le 1er janvier 2025, la réforme des tribunaux des activités économiques (TAE) impose aux entreprises de taille intermédiaire (ETI) et aux grandes entreprises (GE) une «contribution de justice économique» (CJE) pour toute procédure dépassant 50.000 euros. Une mesure qui introduit une inégalité manifeste devant la justice.
Alors que les entreprises relevant des tribunaux de commerce traditionnels échappent à cette taxe, celles rattachées aux nouveaux TAE sont contraintes de «passer à la caisse». Cette contribution, oscillant entre 3% (ETI) et 5% (GE) des prétentions, avec un plafond de 50.000 à 100.000 euros par requête, constitue une charge financière supplémentaire, frappant de plein fouet les entreprises selon leur localisation.
Le principe d’égalité devant la justice en ressort fragilisé : environ 38 % des ETI et 45 % des GE sont concernées en raison du simple emplacement de leur siège social. Une disparité difficilement justifiable.
A lire aussi : L’AFDCC appelle les cigales de la facture électronique au sursaut
Une taxe déguisée aux effets pervers
Sous couvert d’améliorer le financement des TAE, cette contribution s’apparente davantage à une nouvelle taxe qui alourdit les coûts sans garantie d’un meilleur service. Elle repose sur une vision biaisée selon laquelle les ETI et GE privilégieraient systématiquement le contentieux judiciaire à la médiation. Or, ces entreprises, loin d’être litigieuses par nature, cherchent avant tout des solutions rapides et efficaces à leurs différends commerciaux.
Par ailleurs, loin de simplifier les procédures, la CJE introduit une complexité administrative supplémentaire, allongeant les délais et générant des coûts additionnels sans bénéfice tangible pour les entreprises concernées.
Une contribution acceptable sous conditions
L’AFDCC ne rejette pas le principe d’une participation des entreprises au financement de la justice, mais elle appelle à une application plus équitable de la CJE :
● Une imposition élargie à toutes les entreprises et non ciblée sur les seules ETI et GE concernées par les TAE.
● Une exclusion du budget général de l’Etat pour garantir une affectation intégrale aux juridictions économiques.
● Un usage exclusivement dédié à l’amélioration des moyens humains et numériques des TAE et tribunaux de commerce.
Face aux surcoûts engendrés par la CJE, l’AFDCC recommande aux entreprises d’opter pour une clause compromissoire dans leurs conditions générales de vente (CGV). En privilégiant l’arbitrage, elles peuvent sécuriser leurs relations commerciales tout en évitant les coûts excessifs liés à cette réforme.
L’AFDCC reste mobilisée pour défendre une justice économique plus juste et plus efficiente, au service de toutes les entreprises, sans discrimination.
A lire aussi : Nicolas Flouriou (AFDCC) « L’innovation technologique doit remettre l’humain au centre des relations commerciales »
Plus d'articles du même thème
-
L’AMF incite toujours plus les professionnels à procéder à des remédiations
Lors du colloque annuel de la Commission des sanctions de l’Autorité des marchés financiers (AMF), la place s’est penchée sur les outils de détection des manipulations de cours et sur les remédiations. -
La résilience des marchés émergents à l'épreuve de la flambée des taux
La hausse des taux souverains en Europe et aux Etats-Unis est un défi pour les marchés émergents, analyse Julien Marcilly, chef économiste de Global Sovereign Advisory. -
Les actions de groupe devraient se multiplier en France
L’élargissement à tout secteur et l’ouverture aux personnes morales des actions de groupe, grâce à la loi de 2025 transposant la directive européenne, promettent un développement des contentieux, notamment en matière financière et commerciale.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF engrange 127 milliards d’euros au troisième trimestre 2026
- Air Liquide veut rallumer sa flamme boursière avec 4 milliards d'euros de rachat d'actions
- Fonds d’investissement et restructuring : je t’aime, moi non plus
- Le risque France se propage aux obligations d’entreprises
- Les entreprises engagent la course contre la montre du refinancement
- Thomas Baumgartner (DFCG) : « Nous souhaitons mettre l’accent sur le rôle de la fonction finance face aux défis climatiques ».
Contenu de nos partenaires
-
Présidentielle : les propositions clés des candidats pour relancer la natalité
De Marine Le Pen à Marine Tondelier en passant par Bruno Retailleau et Edouard Philippe, les candidats à la présidentielle rivalisent de propositions pour accompagner les ménages accueillant des nouveau-nés -
DétenteAutomobile : accord Bruxelles-Pékin pour limiter les exportations des modèles hybrides chinois en Europe
L’UE salue un accord destiné à réduire d’environ de moitié les volumes sur quatre ans. L'Allemagne s'était associée à la France pour faire pression sur la Commission -
« Le pire, c'est l'indifférence » : le match entre Gabriel Attal et Jean-Luc Mélenchon reprend sur la jeunesse
Les deux candidats à la présidentielle organisent chacun un meeting ce week-end. L’occasion de relancer leur duel à distance après s’être fortement impliqués dans la mobilisation des lycéens