- Immobilier
- Tribune
Le DPE risque de perdre définitivement sa légitimité comme levier de la transition énergétique
Créé en 2006 et réformé en 2021, le diagnostic de performance énergétique (DPE) s’est imposé comme un levier central de la régulation du marché immobilier. Obligatoire lors de toute transaction ou mise en location, ce document évalue la consommation énergétique d’un bien et son empreinte carbone, à travers une notation allant de A à G.
La réforme entrée en vigueur le 1er juillet 2021 a profondément redessiné les contours de cet outil. Ses apports majeurs ont été de consacrer son opposabilité juridique et de modifier la méthode de notation du DPE, notamment en privilégiant l’analyse des caractéristiques intrinsèques du bâti (isolation, ventilation…) à l’analyse des consommations du bâtiment.
Cette montée en puissance du DPE se traduit par des conséquences concrètes sur les propriétaires d’actifs. En effet, depuis le 1er janvier 2025, les logements situés en France métropolitaine dont le DPE correspond à la lettre G ne peuvent plus être proposés à la location. Cette interdiction s'étendra aux logements classés F à compter de 2028 et à ceux classés E à compter de 2034.
A lire aussi : La ministre du Logement durcit le contrôle des DPE et des diagnostiqueurs
Une prise d’acte règlementaire partielle
Dans un rapport publié le 3 juin 2025, la Cour des comptes dresse un constat sévère sur la mise en œuvre du DPE réformé en 2021. Elle y dénonce notamment une absence d’anticipation suffisante des effets de la réforme, génératrice de failles techniques, juridiques et méthodologique.
Le déploiement rapide de la réforme de 2021 a en effet entraîné des erreurs de classement, une pression accrue sur les diagnostiqueurs – notamment à raison de pressions pouvant être exercées par les propriétaires en vue d’avoir une note satisfaisante, aboutissant à environ 70.000 DPE frauduleux par an -, et, ultimement une perte de confiance dans la fiabilité des résultats. La Cour des comptes pointe que cette perte de confiance est telle que les principaux assureurs du marché se sont délestés de l’ensemble des contrats d’assurances passés avec les diagnostiqueurs.
Si le DPE a fait l’objet d’ajustements règlementaires depuis 2021, notamment en juillet 2024 où des mesures de fiabilisation du DPE ont été édictées par le gouvernement, via un renforcement des exigences de formation ou encore via un travail d’harmonisation des pratiques professionnelles, la Cour des comptes insiste sur la nécessité de réformer le DPE plus en profondeur.
Aux termes de son rapport, la Cour des comptes a édicté plusieurs recommandations structurantes, aux titres desquelles elle a notamment proposé les axes d’amélioration suivants : (i) une meilleure prise en compte de l’environnement dans lequel le DPE est réalisé et des difficultés que peuvent avoir les acteurs à se conformer aux exigences règlementaires (prise en compte du cadre des copropriétés et des contraintes d’urbanisme), (ii) un renforcement du dispositif d’information des particuliers, (iii) la réalisation de statistiques approfondies du contenu des DPE pour relever leurs anormalités et ultimement renforcer leur fiabilité ou encore (iv) une meilleure régulation de la filière, par exemple via la création d’une carte professionnelle permettant de garantir l’identité de son titulaire, ou encore via un meilleur contrôle des organismes de formation et certification des professionnels.
Ce rapport sonne comme un avertissement : sans pilotage renforcé et fiabilisation du dispositif, le DPE risque de perdre définitivement sa légitimité comme levier de la transition énergétique, au détriment de la confiance des acteurs économiques et des ménages.
Le pouvoir règlementaire a pris acte des observations de la Cour des comptes, prenant, le 16 juin 2025 deux nouveaux arrêtés, visant à ajuster la règlementation relative au DPE.
Sanctions
Le premier arrêté vise à encadrer la profession et à renforcer les sanctions en cas de pratiques frauduleuses. Il instaure plusieurs outils de contrôle des organismes de formation, des organismes de certification et des diagnostiqueurs eux-mêmes. Ces mesures visent à prévenir les conflits d’intérêts entre organismes de formation et organismes de certification, encadrer la transmission d’informations de ces organismes aux organismes de contrôles. Cet arrêté met également en place un outil statistique intégré à l’ADEME alertant les comportements suspects des certifiés débouchant sur des contrôles et aboutissant à des sanctions largement renforcées (suspensions ou retrait de certifications pour des durée initialement de 6 mois et allant désormais jusqu'à 24 mois).
Le second arrêté se focalise sur le contenu et la méthodologie d'établissement du DPE en lui-même. Outre un QR code présenté par le diagnostiqueur pendant sa visite permettant de vérifier que ce dernier est régulièrement habilité, les DPE habitation seront eux-mêmes dotés d’un QR code ADEME permettant d’accéder à une page dédiée audit DPE sur le site de l’ADEME. En outre, les logiciels permettant d'établir les DPE n’afficheront désormais l’étiquette climat, les consommations d’énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre qu’après avoir été transmis à l’ADEME, de manière à en assurer une meilleure fiabilité et ainsi éviter les manipulations de résultats.
Si ces évolutions règlementaires sont assurément les bienvenues dans leur principe, il n’en demeure pas moins qu’elles vont nécessiter une mobilisation accrue des pouvoirs publics en la personne de l’ADEME pour assurer leur efficacité. Cette réforme reste malgré tout à parfaire au regard des autres enjeux visés par la Cour des comptes, notamment ceux relatifs à la prise en compte des contraintes d’urbanisme et de copropriété.
Plus d'articles du même thème
-
Investissements PSP s'associe à Ares pour 2,4 milliards de dollars dans la logistique américaine
Le fonds de pension canadien poursuit dans la logistique américaine sa pratique des coentreprises avec des opérateurs immobiliers. -
Le spécialiste des stratégies immobilières de value-add, Mimco, s'ouvre à la clientèle retail
Jusque-là, les fonds d'investissement fermés structurés par Mimco ne s’adressaient qu’aux investisseurs institutionnels et professionnels. -
CDC Investissement Immobilier acquiert son premier actif logistique aux Pays-Bas
Agissant pour le compte de la Caisse des Dépôts, l’investisseur a sélectionné un bien entièrement loué situé près de Rotterdam. -
Jérôme Engelbrecht prend les commandes financières de Mercialys
Il était précédemment directeur financier de la foncière Proudreed. -
L’immobilier de bureaux reste apathique
Les grandes transactions continuent de manquer sur tout le marché locatif, en Ile-de-France et en régions. Les grandes métropoles en dehors de Paris souffrent également, malgré les déménagements dans les secteurs public et parapublic. -
Les banques ne seront pas désintermédiées, elles seront tokenisées
Dans cette tribune, Myriame Honnay, cofondatrice et CEO de SolideFinance, estime que les dépôts tokenisés, qui s'apparentent à des dépôts bancaires, prendront l'avantage sur les stablecoins émis par des émetteurs privés.
ETF à la Une
Les particuliers français propulsent la collecte des ETF européens vers un nouveau record
- Léa Dunand-Chatellet (Mirova) : «Nous voulons passer d'un acteur intermédiaire à un vrai leader»
- Amundi réorganise ses relations clients institutionnels et sa distribution
- Le métier titres de BNP Paribas réorganise son département dédié aux actifs numériques
- La donnée ESG s'impose comme un levier stratégique dans les entreprises
- La majorité des investisseurs professionnels sont prêts à basculer leurs encours vers des ETF actifs
Contenu de nos partenaires
-
Train fantômePrésidentielle : la campagne otage des crises
Hausse des prix des carburants, risques financiers et sociaux, menace russe, réchauffement climatique... Emmanuel Macron met en garde son successeur à venir dans un climat anxiogène -
DésavoeuAllemagne : malgré de nouveaux revers électoraux, Merz persiste et signe sur les réformes
La CDU a pris le bouillon en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et pourrait perdre la mairie de Berlin -
EditorialL'autodestruction de France Inter
Il devient limpide que, inspirée par la gauche radicale, France Inter pratique un pluralisme de pacotille, triant de son propre chef entre adversaires légitimes ou à excommunier, au nom de la lutte antifasciste