Une baisse du taux de la facilité de dépôt de la BCE à 0% aurait des effets mitigés

Une telle mesure ne changera pas le comportement défensif des banques. Elle pourrait limiter encore davantage l’activité sur le marché monétaire
Violaine Le Gall

Le 5 juillet prochain, Mario Draghi devrait annoncer une baisse du taux directeur de la BCE d’au moins 25 points de base (pb) à 0,75%. C’est du moins ce qu’attendent clairement les opérateurs sur le marché monétaire. A 22 pb, le taux des swaps entre le taux au jour le jour et l’Eonia à trois mois ressort à présent sous le niveau de la rémunération de la facilité de dépôt de la BCE, qui est fixée à 25 pb. Un phénomène similaire avait précédé les deux dernières baisses de taux de la banque centrale européenne.

Si la baisse du refi semble acquise, reste à savoir ce que décidera la BCE pour le taux de sa facilité de dépôt. Il pourrait tomber à 0% si Mario Draghi maintient à 75 pb le «corridor», l'écart entre son taux directeur et ceux des facilités de dépôt et de prêt marginal.

L’objectif serait d’inciter les banques européennes, qui détiennent actuellement environ 750 milliards d’euros sur cette facilité, à utiliser davantage ces sommes pour le financement de l'économie réelle. Mais l’absence de rémunération risque de ne pas être un facteur suffisant pour changer le comportement des établissements financiers en pleine crise de la dette.

«La demande pour les actifs sans risque, et non rémunérés s’explique par l’aversion pour le risque et les nouvelles régulations, préviennent les stratégistes de Barclays Capital. (…) Nous ne pensons pas que de rémunérer la facilité de dépôt à 0% se traduirait par une hausse des volumes de prêts interbancaires». Les banques pourraient plutôt placer leurs liquidités indifféremment sur la facilité de dépôt de la BCE ou en réserves excédentaires, non rémunérées, auprès de leur banque centrale nationale.

Supprimer la rémunération de la facilité de dépôt pourrait aussi affecter le fonctionnement du marché monétaire européen. Les investisseurs sur ce marché pourraient en effet procéder à des arbitrages si la rémunération des opérations de repo et des billets de trésorerie devient négative. «Avec l’Eonia traitant proche du point bas du corridor, abaisser le taux de la facilité de dépôt pousserait les taux des opérations de repo et des billets de trésorerie «core» à zéro, voire en terrain négatif. Certaines institutions qui sont généralement des fournisseurs de liquidités (banques centrales et fonds monétaires) pourraient alors sortir du marché monétaire européen», prévient Barclays Capital.

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