Sycomore AM suscite l’intérêt de Generali
Après le départ à la retraite d’un de ses associés fondateurs au printemps, Sycomore Asset Management (AM) s’apprête à franchir une étape décisive, dix-sept ans après sa création. La boutique parisienne spécialiste de l’investissement socialement responsable (ISR) «est en exclusivité de fait pour une cession à Generali», assure à L’Agefi une source proche du dossier, confirmant les informations de Bloomberg. «Le management est à la barre de ce processus de vente, qui n’a pas donné lieu à des enchères formelles», poursuit la source. Sycomore AM et Generali ne font pas de commentaires.
L’opération pourrait être annoncée en septembre, mais d’autres repreneurs potentiels seraient encore en lice pour ce fonds de commerce de 8 milliards d’euros d’encours, indiquait hier Bloomberg. Les trois dirigeants de Sycomore, Christine Kolb, Emeric Préaubert et Cyril Charlot, ainsi que Laurent Deltour, le quatrième fondateur, parti en avril, ont notamment reçu des marques d’intérêt de fonds de private equity, mais ils auraient écarté ce type d’acheteurs en raison d’un ADN jugé trop éloigné de l’ISR, assure notre source. D’autres acteurs de la Place se seraient montrés intéressés, notamment Natixis, grand concurrent de Sycomore AM via sa filiale Mirova.
Les contours du changement d’actionnariat restent également incertains. Les quatre associés souhaitent vendre leurs 70% du capital, mais ils pourraient aussi rester actionnaires en faisant sortir tout ou partie des investisseurs individuels (familles, salariés…) qui détiennent les 30% restants, avance la source. Quelle que soit l’issue, l’ouverture du capital de Sycomore AM signerait la fin d’une exception en France, où les spécialistes de l’ISR sont tous des divisions ou des filiales de groupes bancaires ou d’assurances, souligne un bon connaisseur du secteur.
Selon Bloomberg, Sycomore AM serait valorisé plus de 200 millions d’euros. Un prix qui semble raisonnable au regard des performances économiques de la société, qui a réalisé un résultat net de 30 millions d’euros en 2017, pour un Ebitda de 45 millions et 80 millions de revenus, assure une source. Mais une alliance avec un assureur comme Generali offrirait à Sycomore AM de nouveaux débouchés commerciaux, notamment à l’international, et des moyens supplémentaires pour financer sa recherche extra-financière. Le plan d’action de la boutique prévoirait d’atteindre 19 milliards d’encours en 2022, contre 8,2 milliards aujourd’hui et 3,5 milliards à fin 2015.
Son rachat aurait du sens pour Generali, qui souhaite constituer une plate-forme multiboutique sur le modèle de celle de Natixis Investment Managers. Grâce à la cession de plus de 1,5 milliard d’euros d’actifs en deux ans, son directeur général, le Français Philippe Donnet, a réaffirmé début août ses ambitions de croissance externe, notamment dans l’asset management. La première pierre a été posée au printemps avec la création de Generali Global Infrastructure, une coentreprise avec trois gérants français, basée à Paris. Troisième marché de l’assureur italien, la France pourrait donc devenir l’une des têtes de pont du groupe dans la gestion d’actifs. Sycomore pourrait, au passage, lui apporter l’agrément de société de gestion locale dont il ne dispose pas aujourd’hui.
En mai 2017, Generali a présenté un plan d’action prévoyant de porter ses encours à plus de 500 milliards d’euros (contre 455 milliards à fin juin 2018) et de tripler les bénéfices de la ligne métier en développant des expertises plus rémunératrices que la gestion obligataire assurantielle, plombée par les taux bas.
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