S&P ramène la note souveraine de la Russie en catégorie spéculative
Jusqu’ici pays émergent, la Russie risque désormais l’immersion financière. Standard & Poor’s (S&P) a en effet annoncé hier soir avoir abaissé la note souveraine de la Russie d’un cran, de BBB- à BB+, la ramenant ainsi en catégorie spéculative pour la première fois depuis plus de dix ans. Cette note, désormais au même niveau que celle de la Bulgarie ou de l’Indonésie, est accompagnée d’une perspective négative qui l’expose à une nouvelle rétrogradation. Moody’s et Fitch avaient ramené ce mois-ci leur note sur la Russie à un cran de la catégorie spéculative.
«La marge de manœuvre de la Russie en matière de politique monétaire est désormais plus limitée et ses perspectives économiques se sont détériorées», a expliqué S&P qui table sur une évolution défavorable du déficit public et de la balance des comptes courants. Après une contraction possible de 4 à 5% du PIB cette année, l’agence américaine anticipe une hausse moyenne de seulement 0,5% du PIB sur la période 2015-2018, contre une croissance de 2,4% entre 2010 et 2014.
Plus grave encore, S&P estime que «le système financier russe s’affaiblit, ce qui restreint ainsi l’efficacité des leviers de transmission de la banque centrale», ce qui se traduit notamment par une forte baisse des réserves de change. Les munitions commencent en effet à manquer pour les autorités politiques et financières. Après avoir appliqué plus tôt que prévu en novembre un mécanisme de change flottant pour le rouble, l’institution a brusquement relevé à 17% son taux directeur auparavant fixé à 10,5%.
Le ministre des Finances Anton Silouanov a dénoncé un «pessimisme excessif», ne voyant «pas de raison de dramatiser» cette décision, pourtant accueillie sur le marché par un plongeon de plus de 6% du rouble après cette annonce. La devise a chuté jusqu'à 69,29 roubles pour un dollar et 77,89 roubles pour un euro à la Bourse de Moscou, à son plus bas depuis la mi-décembre. Les investisseurs ont également malmené certaines valeurs russes cotées à New York sous forme d’ADR, comme le titre Sberbank qui plongeait hier soir de 12% ou Gazprom qui perdait plus de 8%.
Le ministre de l’Economie Alexeï Oulioukaïev avait récemment déclaré qu’une dégradation de la note russe en catégorie spéculative aurait des «conséquences matérielles» pour Moscou, qui pourrait se trouver contraint de rembourser de manière anticipée jusqu'à 30 milliards de dollars de dette.
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