Rome s’interroge sur sa politique industrielle face aux appétits étrangers
Une irruption de Lactalis dans Parmalat, des déclarations offensives de Vincent Bolloré au sujet de Generali, un armistice signé de justesse entre EDF et A2A autour de l’électricien Edison… La semaine écoulée a mis à rude épreuve le patriotisme économique italien, que le dossier Groupama / Premafin et le rachat de Bulgari par LVMH avaient déjà piqué au vif. Et elle a provoqué une levée de boucliers dans le monde politique, économique et syndical.
Le ministre de l’Economie Giulio Tremonti a évoqué ce week-end la mise au point d’un dispositif visant à protéger les intérêts italiens des appétits étrangers. Rome s’intéresse notamment à une loi canadienne de 1985 et au dispositif voté en France début 2006 à la suite de l’intérêt manifesté par Pepsi pour Danone – une liste de secteurs stratégiques pour lesquels le gouvernement dispose d’un droit de veto. Giulio Tremonti qualifie d’ailleurs sa démarche de «shopping juridique».
Derrière cette réaction épidermique, c’est la politique industrielle de l’Etat italien qui est en discussion. «Nous ne devons pas créer artificiellement des champions nationaux, mais tenter d’accroître la taille des entreprises et d’améliorer leur accès aux marchés de capitaux», a indiqué la patronne des patrons italiens, Emme Marcegaglia.
Le capitalisme à l’italienne, fait d’innombrables participations croisées, rend cependant le jeu moins ouvert que Rome ne le prétend. Pour preuve, l’obligation faite à Groupama de lancer une offre publique d’achat sur Fondiaria et Premafin, qui a fait échouer les ambitions de l’assureur français dans la Botte.
Ce regain de chauvinisme pourrait aussi faire capoter un autre projet: la vente du pôle de gestion d’actifs d’UniCredit, Pioneer, aujourd’hui convoité par trois groupes étrangers, les Français Amundi et Natixis AM et le Britannique Resolution. Selon Financial News, le gouverneur de la Banque d’Italie, Mario Draghi, ferait pression sur UniCredit pour qu’elle marie sa filiale à celle d’Intesa Sanpaolo, Eurizon. En ces temps de crise de la dette souveraine, le superviseur voudrait garder sous pavillon national ce gros acheteur d’obligations d’Etat italiennes. Hasard du calendrier, on retrouve aussi Pioneer dans le dossier Parmalat: la société fait partie de l’attelage de gérants, actionnaires du fabricant de produits laitiers, qui ont déposé leur propre résolution en vue de l’assemblée générale du groupe.
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