H2O AM suscite des interrogations sur ses fonds
Morningstar lit la presse. Le spécialiste de la notation des fonds a annoncé mercredi qu’il suspendait la note de H2O Allegro, l’un des fonds de H2O AM, la boutique fondée par Bruno Crastes et dont Natixis détient la moitié du capital. «Cette décision fait suite aux interrogations de l'équipe de recherche quant au caractère approprié et à la liquidité de certaines obligations privées détenues dans l’une des poches du fonds», explique Morningstar.
Ces «interrogations» sont liées à la publication, mardi dans le FT Alphaville, d’une enquête sur plusieurs fonds de H2O – Allegro, mais aussi Adagio, Moderato ou Vivace. Ceux-ci ont investi dans des obligations privées illiquides émises par plusieurs véhicules contrôlés par le financier allemand Lars Windhorst. Ce dernier est un personnage haut en couleurs : entrepreneur star à 16 ans, il a ensuite connu la faillite personnelle et une condamnation pour fraude avant de rebondir grâce à de judicieux investissements. Selon Morningstar, l’exposition de H2O Allegro aux obligations privées représentait 7,35% des actifs à fin février 2019 – elle serait descendue à 5,4% fin mai – et au sein de cette poche, 4,2% des actifs sont investis dans des obligations de la galaxie Windhorst.
Si l’exposition aux sociétés de Lars Windhorst «est relativement limitée en taille, et si nous ne pensons pas qu’elle pose un risque immédiat pour la performance du fonds, la concentration des placements sur une série de sociétés liées au même individu est une source d’inquiétude», explique Morningstar.
Des professionnels du secteur joints par L’Agefi estiment toutefois qu’il conviendrait de rapporter l’exposition à l’ensemble des positions du gérant, longues et courtes. H2O AM prend en effet aussi des positions vendeuses, dans une stratégie de relative value.
H2O AM, qui ne souhaitait pas hier commenter le dossier, n’a jamais fait mystère de son appétit pour le risque. Allegro affiche une performance de 10,46% depuis le début de l’année (au 17 juin) et de 140,7% sur 5 ans. Dans un message envoyé le 18 juin aux distributeurs de ses fonds, le gestionnaire justifie sa stratégie. «En avril 2015, H2O AM a pris la décision stratégique de diversifier sa gamme de performance absolue (…) avec une exposition limitée à des titres de crédit principalement à des sociétés de crédit européennes», indique l’affilié de Natixis IM. «L’allocation maximale a été fixée entre 5% et 15% sur sept fonds Ucits (…) Les fonds H2O ont été en mesure de traiter ces obligations avec différentes contreparties en dépit des conditions de faible liquidité, et ce à diverses reprises», ajoute H2O.
Alphaville s’interroge notamment sur les conditions de ces transactions et de valorisation de ces titres, par essence illiquides et pour lesquels il n’existe pas de valeur de marché. Dans un cas au moins, les obligations d’une structure (Sapinda Invest) ont été remboursées à H2O AM à bon prix, car elles ont été refinancées par une autre société, Chain Finance, dont le gérant d’actifs a souscrit une partie de l’émission. En d’autres termes, l’asset manager a «rollé» sa position. Caceis est le dépositaire et valorisateur des fonds.
«Nous observons en outre que depuis mai 2019, Bruno Crastes, directeur général de H2O, a été nommé au conseil de surveillance («advisory board») de la société Tennor Holding, le fonds d’investissement de Lars Windhorst, laissant transparaître un risque de conflit d’intérêts», ajoute Morningstar. Selon des sources proches du dossier, cette participation au board serait bénévole.
La liquidité des actifs dans lesquels investissent les fonds ouverts à liquidité quotidienne est redevenue d’actualité ces derniers mois, avec les difficultés du suisse GAM et plus récemment du gestionnaire britannique Woodford. Mais l’exposition du fonds vedette de GAM était sans commune mesure, autour de 40%, et Woodford a investi dans des actions non cotées.
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