QE de la BCE : oui, non, et pour quoi faire ?
Vendredi dernier, Mario Draghi a fermement suggéré que la BCE allait intensifier sa réponse dès le conseil à venir la semaine prochaine. Si tout le monde s’attend désormais à ce que la BCE annonce un programme d’achat d’obligations souveraines, la réponse pourrait être plus structurée. Un, les obstacles politiques au QE demeurent. La BCE doit composer avec le Traité qui lui interdit de financer directement les Etats, ce au moment où le Tribunal constitutionnel européen va rendre son verdict sur les OMT, et alors que les engagements de Mario Draghi ont conduit les gouvernements européens à mettre en pause leurs efforts de consolidation budgétaire.
Deux, le QE n’aura pas grand effet. Un working paper BCE de 2011 estimait qu’une expansion de 2% du bilan de la la BCE ajouterait 0,4% de production et 0,1% d’inflation à horizon un an et demi. Depuis, la BCE a revu ces effets à la baisse, affirmant qu’une expansion de 1.000 milliards d’euros (+50% du bilan!) ajouterait entre 0,2 et 0,8% d’inflation. Vu l’effondrement du multiplicateur de crédit, il nous semble pour notre part que le QE n’aura qu’un effet marginal voire nul sur l’inflation.
Trois, si le Brent tombe à 70 dollars le baril, l’inflation sera négative en zone euro au cours du premier trimestre 2015. La pression pour une réponse supplémentaire de la BCE sera forte, mais que pourrait-elle faire de plus si elle annonce du QE dès décembre? Si au contraire, le baril retourne traiter autour de 95 dollars pour y rester, l’inflation européenne repartira rapidement à la hausse. Dans un contexte déflationniste avéré, le QE est probable, mais en dernier ressort, lorsque la BCE jugera qu’on a de bonnes chances de sortir de la déflation. Entretemps, la BCE pourrait préférer temporiser en «saucissonnant» sa réponse, c’est-à-dire annoncer d’autres mesures que du QE (assouplissement des conditions des TLTRO, achats de dettes privées), en croisant les doigts pour que quelque chose se passe qui la dispenserait de le faire.
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