Matières premières : l’Europe cherche la voie pour réduire ses dépendances
Comment réduire les fortes dépendances de l’Union européenne (UE) dans le domaine des matières premières ? Telle est la question très complexe à laquelle les ministres chargés de l’Industrie et du Marché intérieur se sont efforcés de trouver des réponses communes lundi et mardi à Lens lors d’une réunion informelle organisée par la présidence française du Conseil de l’UE. Leurs réflexions ont en particulier porté sur « la sécurisation de l’approvisionnement de l’Europe » en métaux et terres rares. Un sujet primordial pour développer la fameuse « autonomie stratégique » du Vieux Continent.
Dans les années à venir, les dépendances européennes sont en effet susceptibles de « créer des difficultés d’approvisionnement menaçant notre capacité à verdir et numériser notre économie », alerte une note de la présidence française. Fournies très majoritairement par la Chine, les « terres rares » sont ainsi utilisées dans la confection de batteries de voitures électriques, de puces de smartphones, d’écrans d’ordinateurs, de radars mais également de panneaux photovoltaïques, ou encore d’éoliennes. Produits pour lesquels la demande est vouée à exploser ces prochaines années.
Autre exemple emblématique : le cobalt, dont la production mondiale est effectuée à 60% en République démocratique du Congo, alors même que les besoins européens pourraient être multipliés par 15 d’ici 2050 pour les seules batteries électriques de véhicules. Au total, 30 matières premières sont identifiées comme « critiques » par la Commission européenne: elles sont en même temps les plus importantes sur le plan économique et celles qui présentent un risque élevé de pénurie d’approvisionnement.
Les solutions à l’étude
Parmi les solutions étudiées par les ministres : renforcer les capacités de recyclage de métaux critiques des industries du continent, recourir à des politiques de stockages stratégiques au niveau européen et, surtout, diversifier les approvisionnements par la signature de nouveaux « partenariats structurants » avec des « Etats tiers clés en Afrique, avec l’Inde, l’Indonésie ou encore l’Australie ». Paris propose ici la création d’un nouvel organisme européen responsable à la fois d’établir une « cartographie des ressources », et d’effectuer des investissements stratégiques et des achats de matières premières à l’étranger.
Les discussions ont enfin porté sur les possibilités d’extraction et de production de ces matières premières critiques sur le territoire européen, et sur les modalités de leur financement. Lancée par la Commission en 2020, l’Alliance européenne pour les matières premières (Erma) estime par exemple que l’Europe pourrait, grâce à ses propres réserves inexploitées de terres rares, couvrir 20% de ses besoins domestiques sur ces matières d’ici 2030. L’alliance plaide pour le lancement d’un projet européen important d’intérêt commun (PIIEC) sur le sujet, autorisant les Etats à subventionner des projets industriels en dérogeant aux règles sur les aides d’Etats. Problème : l’extraction et le raffinage de ces éléments sont réputés toxiques pour l’environnement.
« L’acceptabilité sociale de l’extraction reste un enjeu sensible, qui se traduit en des procédures d’approbation des projets particulièrement longues, reconnaît la présidence française de l’UE. Ce risque peut néanmoins se transformer en opportunité, le respect de hautes normes sociales et environnementales étant un avantage comparatif des produits miniers européens », conclut en même temps la note. Cette première discussion avait pour objectif « de partager le diagnostic » et de «construire collectivement une feuille de route qui pourra ensuite être formalisée au niveau du Conseil compétitivité formel de Bruxelles » fin février, a indiqué la ministre française chargée de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher. Le chemin est encore long.
Plus d'articles du même thème
-
La crise des produits raffinés fragilise l’économie mondiale
La flambée des prix du pétrole a été amortie mais les prix des produits raffinés n’ont cessé d’augmenter à des niveaux records, en raison des pénuries au Moyen-Orient et en Russie. -
Retraites : Eric Lombard propose d'injecter une dose de capitalisation à l'intérieur de la répartition
L'ancien ministre de l'Economie de François Bayrou propose d'affecter près de la moitié des participations de l'Etat dans des entreprises au Fonds de réserve pour les retraites afin que les Français profitent dès maintenant des rendements des marchés financiers -
RockFi part à la conquête des hauts patrimoines expatriés et non-résidents
Pour capter la clientèle internationale, RockFi recrute un nouvel associé, Rémi Danjou, chez BNP Paribas. -
La Société Générale aura du mal à contenter tout le monde avec son nouveau plan
La banque présentera ses ambitions à horizon 2029 le 21 septembre, trois ans après la présentation d’un plan qui, malgré un mauvais accueil initial, lui a permis de réaliser un impressionnant retour en grâce boursier. La feuille de route est attendue avec impatience par des investisseurs qui risquent de se montrer exigeants. -
Les banques se mobilisent pour venir en aide aux exploitations agricoles
L'été a été particulièrement meurtrier pour l'industrie agricole et viticole. Après le coup de pouce d'un milliard d'euros du gouvernement début septembre, les banques emboîtent le pas. -
Meta déploie ses abonnements payants avec des options IA sur WhatsApp, Facebook et Instagram
Une cinquantaine de fonctionnalités à base d’intelligence artificielle sont proposées sur les différents réseaux sociaux de Meta, à condition de souscrire à un abonnement payant.
ETF à la Une
La majorité des investisseurs professionnels sont prêts à basculer leurs encours vers des ETF actifs
- ABN Amro IS se prépare à supprimer près de la moitié de ses effectifs
- Léa Dunand-Chatellet (Mirova) : «Nous voulons passer d'un acteur intermédiaire à un vrai leader»
- BGC déploie l’intelligence artificielle au cœur du courtage
- La donnée ESG s'impose comme un levier stratégique dans les entreprises
- La majorité des investisseurs professionnels sont prêts à basculer leurs encours vers des ETF actifs
Contenu de nos partenaires
-
Effort de 54 milliards, fiscalité, coupes… Les annonces chocs de Sébastien Lecornu sur le budget 2027
Dans une interview au « Figaro », le Premier ministre a présenté les premiers arbitrages de son budget qui prévoit un effort de 54 milliards d’euros -
En ordre disperséImmigration illégale : l'Europe embraye, la France patine
Cinq pays européens veulent créer au plus vite des « hubs de retour » pour éloigner les migrants déboutés. La France refuse de suivre le mouvement alors qu'un nouveau rapport vient étriller la situation « hors de contrôle » de l'immigration illégale -
FumerollesIncendies : au Porge, Marine Le Pen sans réponse face à la colère des sinistrés
Un mois et demi après les incendies ravageurs, la candidate du Rassemblement national est venue écouter victimes et acteurs locaux, sans jamais apporter de solutions