L’industrie des ETF se lance dans la gratuité
C’est une guerre sans merci que se livrent les promoteurs de solutions indicielles. Cette technique de gestion qui ambitionne de délivrer au plus juste la performance d’un marché sous-jacent n’offre a priori pas les marges de manœuvres suffisantes aux sociétés de gestion pour se distinguer les unes des autres. C’était sans compter leur imagination débridée. Compresser voire supprimer les frais de gestion est désormais une des techniques avancées pour accrocher une clientèle nouvelle. En février 2018, Fidelity Investments partait à l’offensive (lire L’Agefi Hebdo du 12 décembre 2018). Le gestionnaire lançait deux mutuals funds (fonds non cotés) indiciels sans aucune commission de gestion, suivis en septembre par la création de deux autres fonds également gratuits. La condition ? Ouvrir un compte dans l’une des dizaines d’agences réparties sur le continent nord-américain. La technique marketing est éprouvée : capter de nouveaux clients dans l’espoir de les équiper plus tard d’une offre dûment chargée. Pour y parvenir, Fidelity met en place le self indexing, c’est-à-dire adosse ces produits à des indices propriétaires, moins coûteux, et procède au prêt-emprunt de titres, dont l’intégralité des frais lui restent acquis, sans aucun partage avec les porteurs de parts. Le 28 février, les actifs sous gestion de ces quatre fonds rassemblaient quelque 4.648 milliards de dollars, avec une distinction pour Fidelity ZERO Total Market Index Fund, dont l’actif grimpait à 2.471 milliards en un an.
Produit d’appel
A l’époque, l’initiative provenait d’un acteur de la gestion active, pour ne concerner que des produits indiciels non cotés, gage d’une mainmise sur les souscripteurs. Or, en janvier dernier, la fintech SoFi (Social Finance), une place de marché en ligne initialement spécialisée dans le refinancement et la consolidation des prêts étudiants américains, a jeté un pavé dans la mare. La plate-forme en ligne californienne annonçait le référencement de quatre ETF (Exchange traded funds), dont deux seraient commissionnés 0 % de frais de gestion, pendant un an. The SoFi 500 ETF et The SoFi Next 500 ETF sont tous deux adossés à un indice élaboré par l’allemand Solactive et gérés par une société de gestion encore peu connue, Tidal Growth Consultants. Selon les prospectus enregistrés auprès de la SEC (Securities and Exchange Commission), l’indice reprend, pour le premier, les 500 plus importantes capitalisations américaines selon une méthodologie propriétaire développée en 2018 par Solactive et basée sur leur capitalisation et des facteurs fondamentaux, tandis que le deuxième reprend les 500 plus petites des 1.000 plus importantes large cap américaines sélectionnées selon la même approche. Il s’agit de véritables produits d’appels, l’offre étant valable une année : au-delà du 27 mars 2020, ces deux produits seront soumis à des frais de gestion de 0,19 %.
Alors que l’on croyait les limites du marketing atteintes avec l’initiative de SoFi, Salt Financial vient de les repousser. Le fournisseur de trackers, qui gère quelque 10 millions de dollars sous format ETF, vient de lancer un ETF exposé à des actions low volatility. Jusque-là rien d’original, si ce n’est que le gestionnaire attend le feu vert de la SEC sur la possibilité de rémunérer les investisseurs. La maison de gestion propose que chaque client soit rétribué 50 centimes de dollars pour chaque tranche de 1.000 dollars investis dans ce nouvel ETF (Salt Low truBeta US Market ETF, dont l’indice sous-jacent est aussi élaboré par Solactive). Une offre qui, si elle est acceptée par le régulateur, serait valable jusqu’à ce que le véhicule atteigne 100 millions de dollars sous gestion, étape après laquelle les frais de gestion seraient fixés à 0,29 %. Selon Bloomberg, le promoteur du fonds renoncerait à 50.000 dollars. Un budget de communication jugé minime au vue des retombées médiatiques outre-Atlantique. En attendant l’aval de la SEC, les souscripteurs devront s’acquitter de 29 points de base de commissions de gestion.
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