L’horizon de la finance durable est la préservation du vivant !
La Commission européenne a dévoilé en mars son plan d’investissement « ReArm EU ». Cette feuille de route vise à assurer la sécurité du continent en dynamisant l’industrie de défense européenne à travers la mobilisation de 800 milliards d’euros d’investissement. Une partie de cette somme sera contractée par l’Union européenne sur les marchés et une partie sera financée par les Etats eux-mêmes à travers leurs budgets de défense nationaux. Enfin, une partie devra être financée par la mobilisation de l’épargne privée.
Ce dernier volet a ouvert le débat sur la compatibilité de la finance durable avec le financement d’industries de la défense. Alors que certains considèrent la finance durable comme un obstacle, avec des règles à alléger, certains y voient au contraire une opportunité et proposent d’inclure le financement de l’armement dans son champ. Alors, la finance durable est-elle un frein ou un levier ?
Les critères ESG ne sont pas des freins, ce sont des catalyseurs pour bâtir un secteur de la dé-fense responsable
Avant toute chose, il est nécessaire de rappeler quelques points essentiels. Tout d’abord, les critères ESG (environnement, social, gouvernance), premiers niveaux d’une finance responsable, n’excluent aucune entreprise a priori. Il est même indispensable de les appliquer aux entreprises de la défense qui sont autant, voire plus, soumises à une obligation de responsabilité et de transparence que les entreprises d’autres secteurs. Les critères ESG ne sont pas des freins, ce sont des catalyseurs pour bâtir un secteur de la défense responsable.
Pour autant, l’horizon ultime de la finance durable, ou finance à impact, est la préservation d’un monde habitable, attaché à la préservation du vivant. C’est un horizon long qui ne saurait être mouvant. Remettre en cause les termes E, S ou G ou changer la définition de ce qui constitue un investissement durable en fonction du contexte court terme revient à tourner le dos à une finance durable qui cherche encore sa place et pour laquelle nombre d’acteurs œuvrent depuis des années.
Enfin, c’est aussi un sujet qui touche au personnel, voire à l’intime, et qui doit rester du ressort du choix individuel. Cela se reflète au niveau des acteurs financiers. Certaines sociétés de gestion ou banques comme Triodos ont choisi l’exclusion totale du financement de l’armement. D’autres acteurs pratiquent des exclusions partielles. A l’inverse, certains encore ont annoncé la création de véhicules de placement spécifiques. Ces initiatives, qui doivent s’accompagner d’une nécessaire transparence, permettent ainsi à chacun de faire un choix éclairé selon ses convictions.
En conséquence, alors que la finance durable lutte contre des vents contraires (administration Trump, recul de la directive CSRD), il est urgent d’affirmer sa place, son utilité et de ne pas dévier du cap fixé. Il faut conserver les règles actuelles de la finance durable, préserver sa lisibilité et sa crédibilité. Modifier ses règles ou son périmètre au risque de perdre les épargnants revient à vider la notion même de finance durable de sa substance et à décevoir les investisseurs et tous les acteurs investis depuis des années pour le succès de cette filière.
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