L’Etat manie le pragmatisme pour ses participations
Plusieurs consortiums, dont certains menés par des industriels, s’intéressent à la privatisation de Groupe ADP, a déclaré en conférence de presse vendredi Martin Vial, commissaire de l’Agence des participations d’Etat (APE), qui contrôle 50,6% du capital de l’ex-Aéroports de Paris, également coté en Bourse. «Nous avons reçu de nombreuses marques d’intérêt de la part d’industriels, de fonds de pension, de private equity, d’infrastructures et de fonds souverains», énumère le responsable, sans citer aucun nom.
Mais «les intérêts diffèrent en fonction de la forme que prendrait le retrait de l’Etat», nuance Martin Vial. Les scénarios sont encore à l’étude: cession totale qui serait suivie d’une offre publique d’achat par l’acquéreur, vente par blocs, avec ou sans maintien d’une participation minoritaire de l’Etat.
L’APE et le gouvernement hésitent également sur l’opportunité de lancer deux processus concomitants (ou dual track) avant un choix final en fonction des retours. S’il peut paraître avantageux, il présente certains écueils. «Il nous faudrait justifier cette position. Surtout, tous les investisseurs ne souhaitent pas se positionner sur deux solutions. Certains d’entre eux veulent un accès à la gouvernance, voire n’envisagent qu’une prise de contrôle», explique le commissaire : les industriels privilégient la prise de contrôle, les fonds d’infrastructures peuvent se satisfaire d’une présence suffisante au conseil d’administration, les capital-investisseurs ont des intérêts plus variables, tandis que les fonds de pension privilégient le rendement. «Ce qui va nous déterminer, c’est l’intensité concurrentielle» de chaque solution, a-t-il assuré.
Martin Vial s’est voulu rassurant alors que certains candidats craindraient un favoritisme dont pourrait bénéficier Vinci, actionnaire d’ADP à 8% : «Nous voulons un processus concurrentiel, a-t-il répété. Le prix sera déterminant». Si le scénario d’une prise de contrôle d’un candidat était retenu, l’APE exigerait au moins deux offres émanant d’industriels.
L’échéance de l’opération dépend quant à elle du calendrier législatif. «La privatisation sera lancée dès que la loi Pacte sera promulguée en 2019, avec deux préoccupations : les conditions de marché, très volatiles actuellement, et le scénario retenu», a-t-il ajouté.
Contreparties au désengagement de l’Etat
En dehors des privatisations d’ADP et de la Française des Jeux programmées en 2019, l’APE a rappelé les principes qui guident l’évolution de ses participations. Soulignant la répartition des rôles vis-à-vis de Bpifrance (centrée, elle, sur les ETI et les PME et qui a vocation à faire tourner son portefeuille d’actifs), Martin Vial a précisé les conditions dans lesquelles l’APE serait amenée à réduire ses participations. «Concernant les entreprises dans lesquelles il n’a pas vocation à rester, l’Etat doit s’assurer que les centres de décisions demeurent en France avant de se retirer», explique-t-il.
Le responsable a énuméré trois leviers sur lesquels repose cette doctrine : s’assurer que se substituent à l’APE des actionnaires européens de long terme (citant l’exemple de Safran, dont le bloc d’investisseurs français s’est renforcé avec l’arrivée d’actionnaires de Zodiac suite à son acquisition), garantir la présence de représentants européens en bonne place dans les conseils d’administration et réglementer les investissements étrangers en France, à travers la loi Pacte. Celle-ci prévoit notamment des seuils de prise de contrôle et une supervision renforcée des engagements des investisseurs.
Le fonds contre les OPA hostiles se fait attendre
En tant que représentant de l’Etat actionnaire, l’APE s’était d’ailleurs vu confier en début d’année, de concert avec Bpifrance, la mission de concevoir un outil financierdestiné à protéger les entreprises françaises d’acquisitions hostiles. A l’époque, Nicolas Dufourcq, le directeur général de la banque publique, estimait que 3 milliards d’euros seraient facilement mobilisables.
Questionné sur le sujet par L’Agefi, Martin Vial a répondu que le projet était toujours en cours de réflexion. «Il ne s’agit pas d’argent public. La question est donc de parvenir à fédérer des investisseurs de long terme français, mais aussi internationaux, pour investir durablement dans des grandes entreprises françaises et stabiliser leur actionnariat face au pouvoir de grands investisseurs, notamment anglo-saxons», a-t-il expliqué.
Tout reste encore à faire: définir la doctrine d’investissement, les clauses de lock-up (pour garantir une présence à long terme au capital), les cibles d’investissement et les conditions à accorder à ces investisseurs. Il faudra s’armer de patience. Aucune échéance n’a été fixée pour ce projet…
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