L'état de grâce des dettes allemandes et françaises est terminé
L’Etat de grâce dont ont bénéficié l’Allemagne et la France sur les marchés obligataires se dissipe depuis l’annonce du plan de sauvetage bancaire espagnol. Le taux des titres d’Etat allemands à 10 ans ont pris 14 points de base en cinq jours. Hier, ils se tendaient encore de 6 pb à 1,47%. Dans le même temps, les taux français sont restés stables à 2,7%, mais ils ont tout de même pris 32 points de base en cinq jours.
Ce regain de tension s’est fait ressentir lors de l’émission d’hier. L’Allemagne a placé pour 4,04 milliards d’euros de titres à 10 ans, à 1,52% contre 1,47% pour la dernière émission de même maturité il y a un peu moins d’un mois. Et le ratio de couverture, bien que bon, est ressorti à 1,4 contre 1,5 auparavant. «Les Bunds nous semblent être inférieurs aux titres d’Etat américains et britanniques en tant que valeurs refuges», notent les analystes de Société Générale CIB. Fin mai, l’Allemagne a pourtant émis sans difficulté 4,56 milliards d’euros à deux ans avec un coupon à zéro. Et ses taux à dix ans ont touché un point bas de 1,17% le 1er juin dernier.
Mais à l’approche des élections grecques le 17 juin prochain et après l’annonce du plan européen qui reste encore imprécis, les analystes redoutent que l’Allemagne n’accepte des mesures qui pèsent sur sa dette. Si l’Espagne fait appel au Fonds européen de stabilité financière (FESF), la dette des pays garants du fonds augmentera au fur et à mesure des émissions réalisées en faveur de Madrid. Ces inquiétudes pourraient aussi expliquer la remontée des taux français à 10 ans, dans le sillage de ceux de l’Italie (6,168% hier) et de l’Espagne (6,64%). La France est le deuxième garant du Fonds, derrière l’Allemagne.
Reste que les taux français à 10 ans demeurent faibles. Début janvier, ils atteignaient encore à 3,23% quand les taux allemands étaient à 1,89%. «Le Bund constitue toujours une valeur refuge mais avec un rendement à moins de 1,50% à 10 ans, il est particulièrement cher», estime Cyril Regnat, stratégiste chez Natixis. «La logique voudrait qu’on ait une normalisation du niveau des rendements allemands à horizon six mois», avance-t-il. «Un investisseur qui achète aujourd’hui du Bund est perdant en termes réels puisque le niveau de rentabilité des titres allemands est inférieur à l’inflation».
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