Les projets de la BCE laissent les acteurs de la titrisation sur leur faim
Même si la Banque centrale européenne (BCE) se dit soucieuse de soutenir le marché des titrisations adossées à des prêts aux entreprises, les spécialistes n’attendent pas de retour en grâce immédiat de cette classe d’actifs. A l’issue de la réunion du conseil des gouverneurs de mai, le président de la BCE, Mario Draghi, a annoncé que les banquiers centraux «avaient décidé de commencer des consultations avec d’autres institutions européennes pour promouvoir le fonctionnement du marché des obligations adossées à des prêts aux entreprises non financières».
Les spécialistes y voient une bonne nouvelle pour le marché des ABS (asset-backed securities) adossés aux prêts aux PME. «Mario Draghi donne de l’espoir au marché de la titrisation», note la recherche de Natixis. Mais de nuancer aussitôt: «une plus grande standardisation des prêts attribués aux PME, le soutien des régulateurs et l’amélioration de la transparence des ABS semblent nécessaires à l’amorce d’un renouveau».
Mario Draghi l’a souligné lui-même, les discussions entamées avec la Commission européenne et la Banque européenne d’investissement (BEI), «la plus adaptée pour gérer ces sujets» n’en sont qu'à leur début. Surtout, «le marché des ABS est mort et l’est depuis longtemps», a souligné le banquier central. Il affirme qu’une partie de cette apathie est dûe à la régulation. Cette analyse conforte celle des spécialistes qui ne cessent de demander un assouplissement de la règlementation européenne des banques, CRD 4, et des assurances, Solvabilité 2, parce qu’elles dissuadent de miser sur la titrisation.
Mario Draghi souligne aussi que les taux d’intérêt très bas «ne font pas des ABS des instruments très utiles au financement des institutions». Dans une note récente l’agence de notation Fitch, pointe aussi du doigt le manque de viabilité économique des ABS de PME en dépit de la contraction continue des spreads. A ses yeux, «soit les spreads exigés par les investisseurs doivent baisser davantage, soit les taux demandés par les prêteurs doivent augmenter». La quasi-totalité des titrisations de PME émises en 2012 ont été retenues par les banques pour se financer auprès de la BCE.
Pour l’analyste de Barclays, Christian Aufsatz, le plus probable est que les Européens décident d’un assouplissement de la régulation. La Commission a déjà demandé à l’Autorité européenne de régulation des assurances (Eiopa) d’étudier la question. La BEI pourrait aussi garantir tout ou une partie des CLO de PME, ce qui devrait abaisser les spreads.
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