Les Etats-Unis jouent avec le feu budgétaire
Lutte contre l’immigration, défense, infrastructures… La Maison Blanche arrose à tout va dans sa proposition de budget 2019, présentée lundi. Mais les vraies décisions engageantes pour les finances publiques américaines sont intervenues en fin de semaine dernière. Les membres du Congrès, démocrates et républicains confondus, ont adopté 300 milliards de dollars de dépenses nouvelles sur les deux prochaines années. Si l’on y ajoute les effets de l’ambitieuse réforme fiscale votée fin 2017, les Etats-Unis vont donc laisser déraper allègrement leur déficit public. Celui-ci devrait dépasser les 1.000 milliards de dollars dès l’an prochain, soit au-delà de 5% du produit intérieur brut. Quant à la dette publique, qui tutoie les 80% du PIB, elle pourrait dépasser 100% dans dix ans, si rien n’est fait d’ici là pour inverser la tendance.
Les Etats-Unis ne se contentent pas de laisser filer la dépense, ils accumulent aussi les déficits commerciaux. En 2017, le solde commercial terminera largement dans le rouge, à 3% du PIB, un record depuis dix ans. Bref, le pays voit ressurgir ses déficits jumeaux du début des années 2000, et cela à un moment délicat. La Réserve fédérale, on le sait, vient d’engager la réduction de son bilan gorgé d’emprunts d’Etat. Privé progressivement de ce soutien domestique, le Trésor américain devra faire les yeux doux aux investisseurs internationaux, et en premier lieu à la Chine, afin de leur vendre sa dette. Voilà qui plaide pour une poursuite de la hausse des taux longs outre-Atlantique, une hausse qui explique en grande partie le réveil brutal des bourses mondiales la semaine passée.
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