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« Nous identifions des innovations dans des secteurs clés pour la souveraineté »

Dorval
Entretien avec Gilles Sitbon, Directeur de la gestion active actions, Dorval AM
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 -  Gilles Sitbon, Directeur de la gestion active actions, Dorval AM

Dorval Asset Management publie un livre blanc intitulé : « Autonomie stratégique européenne : le défi du financement de l’innovation », à consulter ici. Cet article est l’un des entretiens réalisés dans le cadre de ce livre blanc. Vous pouvez aussi consulter le dossier dédié à ce livre blanc sur agefi.fr ici

Renforcer la souveraineté européenne passe par un soutien accru à l’innovation. Mais comment distinguer les innovations qui contribuent véritablement à la souveraineté ?

Nous sommes effectivement convaincus que l’Europe parviendra à assurer sa souveraineté si elle sait miser sur l’innovation dans quelques secteurs clés, en particulier la technologie, l’énergie, la santé, la défense, l’industrie 4.0. Nous devons identifier les produits, les solutions qui, dans ces secteurs clés, seront susceptibles d’être mis au service de notre souveraineté. Concrètement : il peut s’agir de médicaments, de robots, de moteurs d’avion, de propulsion maritime ou de procédés de lithographie dans les semi-conducteurs, par exemple. Pour construire notre autonomie stratégique, nos efforts en matière d’innovation doivent porter en particulier sur ces sujets.

L’univers des entreprises innovantes se résume-t-il à celui des startups ou concerne-t-il encore les plus grands groupes européens ?

Nous devrons nécessairement nous appuyer sur ces deux piliers. Plusieurs grands groupes européens se distinguent par leur capacité d’innovation. Les plus petites sociétés sont par nature plus focalisées sur des marchés de niche et apportent des promesses de croissance supérieures. Pour leur part, les grandes entreprises innovantes constituent des écosystèmes locaux dans leur secteur, en s’appuyant dans leur région sur des fournisseurs et des institutions de recherche, en créant de l’emploi localement. C’est par exemple le cas d’Airbus à Toulouse, dans le secteur de l’aéronautique et de la défense. Mais pour l’essentiel, le sujet de l’innovation s’appréhende de la même façon dans ces différentes entreprises. Nous nous intéressons au nombre de brevets déposés, à la croissance des dépenses de R&D, à leur niveau en proportion du chiffre d’affaires atteint ainsi environ 8 % chez Siemens et même 14 % chez ASML, ou encore, à l’autre bout du spectre, 50 % chez Parrot, le fabricant français de drones pour qui nous attendons en conséquence une accélération significative du chiffre d’affaires.

Les startups les plus innovantes font face à de très importants enjeux de financement. Or elles se tournent souvent vers les marchés américains. Comment parvenir à mieux répondre à leurs besoins au niveau européen ?

De nombreuses startups européennes ont effectivement privilégié une introduction en bourse aux États-Unis. Spotify, ARM, NXP ou Criteo dans le passé et encore Pasqal récemment (avec une double cotation envisagée à Paris dans un second temps). Elles ont privilégié des marchés plus profonds que les marchés européens, fondés sur un pool d’investisseurs portés sur la croissance, qui leur offraient aussi un univers de comparables plus large, donc un exercice de valorisation plus aisé. En Europe, notre chaîne de financement fonctionne de manière fragmentée. Cependant, nous devons prendre conscience que si nous attendons de ces entreprises une meilleure résilience économique, la construction de chaînes d’approvisionnement locales, nous devons leur donner les moyens d’assurer leur résilience financière en Europe aussi. C’est en incitant une entreprise à aller chercher des capitaux lors d’une introduction en bourse en Europe, que nous l’inciterons à ouvrir une usine et développer de la recherche localement et ainsi solidifier son implantation sur nos territoires. Les initiatives de place qui ont été lancées pour flécher les investissements vers l’innovation l’ont été avec plus ou moins de bonheur, mais il nous faut persévérer, animer les marchés européens et en particulier les introductions, qui représentent le moment où les investisseurs en bourse rencontrent l’économie réelle. Nous pouvons nous appuyer sur quelques beaux succès, tels que les introductions du français Exosens, de l’allemand Hensoldt ou de l’italien Technoprobe, dont les cours ont été multipliés par trois ou quatre depuis leurs introductions, ou encore du français Exail, racheté depuis par Thales. En tant qu’investisseurs européens, nous pouvons participer à la constitution d’un écosystème européen de financement de l’innovation, qui offre un continuum de financement aux startups, du private equity à la bourse. Dans cette perspective, il est crucial de rencontrer les entreprises très tôt dans leur cycle d’investissement, de comprendre voire d’aider à élaborer leur « equity story », afin de bien anticiper leur introduction.

Qu’attendez-vous de ces entreprises, porteuses de solutions innovantes clés pour l’autonomie stratégique de l’Europe ?

Elles devront montrer leur engagement à construire des écosystèmes en Europe, être capables d’assurer la résilience de leurs chaînes de valeur, le contrôle de leurs technologies critiques, de leurs moyens de recherche et de leurs moyens de production, de leurs infrastructures digitales. Nous serons aussi attentifs à leur rayonnement international, car ce sont souvent des leaders mondiaux dans leur domaine. Ces différents éléments, sur lesquels nous fonderons notre analyse, constituent le cadre de la méthodologie propriétaire de Dorval AM, IRIS (Innovation, résilience, indépendance et souveraineté).

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