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Pour les investisseurs, les enjeux sont la qualité et la traçabilité des informations auxquelles ils ont accès
En tant que fournisseur historique d’informations, de données aux professionnels de l’investissement, comment avez-vous vu évoluer leurs pratiques en matière de recherche d’informations à l’ère de l’IA générative ?
L’avènement de l’IA générative fait gagner un temps considérable aux professionnels de l’investissement dans leur recherche d’informations. Auparavant, ils lisaient directement les contenus agrégés dans les bases de données internes de leur entreprise, les analyses de leur équipe de recherche, des articles de médias financiers, des notes de brokers en particulier. Dorénavant, depuis environ 18 mois, l’accès à ces informations passe par des synthèses de ces mêmes contenus générées par l’intelligence artificielle. Les contenus d’origine restent le plus souvent issus d’abonnements choisis par leur entreprise et utilisés dans Factiva ou intégrés dans des outils ou applications internes. Selon leurs besoins, leurs usages et les thèmes qui les intéressent, ils reçoivent ces informations en flux continus ou à la demande.
Dans ce contexte, quels sont selon vous les nouveaux enjeux de ces professionnels, en termes en particulier de qualité des informations auxquelles ils ont recours ?
Ces professionnels font le constat que la réussite de ces dispositifs dépend de la bonne maîtrise des sources qui alimentent leurs systèmes. Ils observent que certaines IA créent des contenus peu fiables, voire inventent des sources. Ils doivent donc se montrer très vigilants. L’enjeu est d’aller chercher des intrants de qualité et de s’assurer de leur traçabilité : connaître la source des informations dont ils disposent est indispensable. Il s’agit aussi d’une question de légalité : ils doivent avoir l’assurance de posséder les droits d’usage des contenus qu’ils reçoivent pour la finalité autorisée. Nous observons d’ailleurs que certains sites s’appuient sur les services de leur hébergeur pour bloquer l’accès des robots d’IA et empêcher ainsi l’extraction automatisée (le « scraping ») de leurs contenus.
Quels sont concrètement les principaux cas d’usage que vous avez identifiés pour des investisseurs, des gérants quantitatifs, des analystes financiers et ESG, des hedge funds, des fonds de private equity ?
Selon leurs métiers, leurs responsabilités, les professionnels du monde de l’investissement définissent leurs propres cas d’usage. Certains se fondent sur les contenus qu’ils reçoivent pour identifier des signaux d’investissement, pour élaborer le morning briefing avant l’ouverture des marchés. Une équipe de recherche actions peut avoir spécifiquement un besoin de collecte et de synthèse d’un important volume d’informations, afin de suivre les small caps sur de nombreux marchés locaux. Ce besoin peut se matérialiser par une synthèse quotidienne des news sur une liste de sociétés dans les marchés émergents, par exemple. Leurs sources seront alors des médias locaux, qui publient dans des langues peu courantes. Nous nous devons d’avoir signé des conventions avec ces médias. Un autre cas d’usage peut consister à anticiper la publication d’indicateurs macroéconomiques officiels : une banque centrale peut souhaiter recevoir en temps réel des informations lui permettant de prévoir l’évolution de l’inflation. Le suivi des risques pays peut aussi se fonder sur l’agrégation d’informations géopolitiques qui alimentent un modèle déclenchant des alertes selon des degrés de risque prédéfinis. Le domaine de l’ESG est également propice à de nouveaux cas d’usage : les investisseurs ont accès aux notes ESG des valeurs qu’ils suivent auprès de leurs fournisseurs spécialisés, mais ils peuvent souhaiter une mise à jour plus fréquente des scores environnementaux ou sociaux concernant ces entreprises, afin d’ajuster eux-mêmes ces notes ESG, à partir de leurs propres critères et au regard d’évènements dont ils auront désormais plus rapidement connaissance.
Dans cette perspective, comment ont évolué les offres, le positionnement de Dow Jones et quelle est leur valeur ajoutée ?
Chez Dow Jones, nous sommes historiquement fournisseurs de flux éditoriaux, à travers les médias de notre groupe, notamment Dow Jones Newswires et The Wall Street Journal, et nous collectons depuis longtemps les contenus produits par des éditeurs tiers pour notre service Factiva. En tant qu'éditeur nous-mêmes, nous connaissons la valeur des contenus journalistiques et sommes particulièrement attentifs au respect des droits de propriété intellectuelle qui leur sont attachés. Depuis de nombreuses années, nous sécurisons auprès de nos éditeurs partenaires les droits d’utilisation et de diffusion nécessaires afin de proposer à nos clients des contenus premium, traçables et dûment licenciés, accessibles en quasi-temps réel. Cet enjeu devient critique à l'ère de l’IA générative : alimenter ses modèles en aspirant soi-même articles et contenus web expose à un réel risque juridique, même lorsque ces données sont publiquement accessibles. La réglementation européenne permet en effet aux ayants droit, dont les éditeurs, de s’opposer à la fouille de textes et de données portant sur leurs contenus. Passer outre cette opposition expose les utilisateurs à des poursuites en contrefaçon. Cette même réglementation a par ailleurs créé un droit voisin au profit des éditeurs de presse, qui encadre spécifiquement la réutilisation en ligne de leurs publications.
Forts de notre longue expérience de sécurisation des droits, nous nous positionnons désormais comme fournisseur de contenus et d’intrants, issus de nos partenaires et destinés aux outils d’IA de nos clients. Nous donnons accès à nos clients à plus de 8 500 sources premium (dont L’Agefi en France), au sein de la plateforme Factiva. Nous proposons également des flux (Feeds) et des API permettant à nos clients d’ancrer leurs propres applications d’IA dans des contenus de confiance. L’objectif n’est pas simplement d’aider les investisseurs à traiter davantage d’informations, mais de leur permettre d’aller plus vite tout en préservant la traçabilité, les droits et la responsabilité qui s’y rattachent.
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