Grâce à la transparence des tests, les investisseurs pourront apprécier la santé du secteur
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Alexandre Garabedian
Investisseurs et analystes auront passé tout le week-end à décortiquer les tests de résistance du secteur bancaire européen. Plus que le résultat de l’exercice lui-même, qui a recalé seulement 8 banques sur 90, les détails des expositions individuelles à la dette souveraine concentrent l’attention. L’Autorité bancaire européenne (EBA) n’ayant pas testé l’hypothèse d’un défaut grec, il appartiendra au marché de se faire sa propre idée grâce à cet effort de transparence inédit. Un effort à double tranchant, alors qu’un sommet européen sur la Grèce se tiendra finalement ce jeudi.
Cinq banques espagnoles, deux grecques (EFG et Agricultural Bank of Greece) et une autrichienne (Ovag) ont donc échoué à afficher le ratio de solvabilité core tier one de 5% demandé à fin 2012. Il ne leur manque, au total, que 2,5 milliards d’euros de capital à trouver sans délai. «La faiblesse du nombre de banques recalées est très décevante. Ce n’est pas cela qui va rétablir la confiance», regrettait vendredi Jean-Louis Mullenbach, associé du cabinet d’audit Bellot Mullenbach.
Si l’EBA n’avait pas pris en compte les mesures de recapitalisation adoptées entre janvier et avril, 20 banques auraient été recalées. Par ailleurs, 16 banques naviguent en eaux troubles, avec un ratio oscillant entre 5 et 6%. Celles qui dépassent tout juste le seuil, et qui, de surcroît, «sont exposées de manière significative sur la dette souveraine des pays sensibles», auront trois mois pour présenter un plan afin de renforcer leur capital. Il devra être mis en œuvre avant le 15 avril 2012. L’EBA, qui n’a pas livré de liste nominative, publiera des rapports de suivi en février et juin 2012.
L’Autorité a aussi précisé l’exposition des 90 banques à la dette souveraine grecque, qui atteint 90,2 milliards d’euros, dont 67% détenus par le secteur local. Les montants atteignent 52,7 milliards pour l’Irlande (61% domestique) et 43,2 milliards (63%) pour le Portugal.
Sur la dette dans les portefeuilles bancaires, l’EBA a fait l’hypothèse de provisons, mais sans défaut, à 25% pour la Grèce et 22,5% pour le Portugal, encore supérieur à leur valeur de marché. Les investisseurs se feront leur propre idée grâce aux détails fournis. «La norme IAS 39 est très claire, explique Jean-Louis Mullenbach. Dès lors qu’il existe un risque de non recouvrement de la créance, les titres logés en banking book doivent être dépréciés, non pas à la valeur de marché, mais sur la base de scénarios de probabilité de pertes et de récupération de la créance. Tous les éléments sont réunis (dégradation des agences de notation, risque de participation des créanciers privés) pour que de telles dépréciations soient constatées dans l’arrêté au 30 juin».
En attendant la réaction des marchés ce matin, le secteur bancaire a déjà subi la semaine dernière un test en temps réel qui montre les limites du scénario de l’EBA. Dans le pire des cas, le taux à 10 ans italien dérivait par exemple jusqu’à 5,7% à fin 2011, un niveau allègrement dépassé le 12 juillet. La baisse de 15% de l’Eurostoxx 50 entre 2010 et 2011 est largement inférieure aux chocs de 2001, 2002 et 2008. L’EBA, née en 2011 sur les cendres du CEBS, a aussi vu ses pouvoirs contestés par certains superviseurs nationaux. En témoigne l’épisode Helaba, la banque régionale allemande, qui aurait dû échouer aux tests mais s’est retirée du processus. Derrière elle, c’est en fait le superviseur allemand, la Bafin, qui a mené la charge contre l’autorité européenne, soulignant le caractère très politiquement correct des tests.
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