Le Venezuela réforme son régime de changes pour gagner du temps
Si la crise en Ukraine accapare l’attention de l’Europe, un autre pays fait partie, avec l’Argentine, du club des candidats au défaut souverain: le Venezuela. Le climat politique est tendu. Les produits de base manquent et les manifestations qui se déroulent depuis un mois contre Nicolas Maduro, successeur d’Hugo Chavez, ont déjà fait 17 morts. Pour relâcher la pression, le gouvernement a annoncé la semaine dernière un nouveau régime de change qui doit faciliter les importations.
Alors que les changeurs au marché noir réclament 87 bolivars pour un dollar, le Venezuela a deux taux officiels: l’un à 6,3 pour les produits de première nécessité, l’autre (dénommé Sicad) à 11,8 pour les dépenses liées au tourisme et les envois de fonds à l’étranger. Le nouveau système, dit Sicad 2, doit faciliter l’approvisionnement en billet vert des entreprises locales. «La banque centrale et la compagnie pétrolière publique PDVSA pourront émettre des bons en dollars que le secteur privé pourra acheter en devise locale, puis revendre en échange de dollars», expliquent les économistes de Crédit Agricole SA.
Ce taux évoluant dans une bande de fluctuation «devrait osciller entre 25 et 40 bolivars par dollar», estime BoA Merrill. La banque américaine voit dans cette étape vers une forte dévaluation une bonne nouvelle. Elle permettra notamment de réduire le déficit public, alors que la moitié des recettes budgétaires provient de la vente du pétrole vénézuélien, libellée en dollars. Mais pour les économistes de CASA, la mesure n’aura «qu’un impact faible sur les profonds déséquilibres de l’économie vénézuélienne et sur leurs causes : monétisation du déficit public, absence d’entrées de capitaux et donc de devises étrangères, découragement de l’investissement, contrôle et distorsions des prix…».
Exacerbée par les tensions sociales, la fuite des capitaux est particulièrement problématique. En excluant le stock d’or, les réserves liquides de la banque centrale n’atteignent que 1,6 milliard de dollars, soit 2 mois d’importations. «Elles ne couvrent pas le besoin de financement en 2014 (13,6 milliards de dollars), ni le coût de la subvention du prix de l’essence (16 milliards de dollars)», soulignent Juan Carlos Diaz et Juan Carles Rodado, économistes chez Natixis. Avec 181 milliards de dette libellée en dollars, en incluant PDVSA, le pays «devra bientôt arbitrer entre les subventions et le remboursement de la dette», ajoutent-ils.
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