Le Trésor jette un froid sur les effets du Grenelle de l’environnement
«A long terme, nous serons tous morts». La formule laconique de John Maynard Keynes a fait long feu. Une étude de la direction du Trésor met en avant, dans une logique d’équivalence ricardienne, que si les investissements réalisés par l’Etat français dans le cadre du Grenelle de l’environnement devraient avoir un impact très favorable sur la croissance et sur l’emploi à court terme, au-delà de 2020, « le contrecoup financier des mesures pèsera durablement sur l’activité et l’emploi».
Le Trésor estime que jusqu’en 2020, «les effets multiplicateurs de ces investissements dominent l’impact négatif du financement de leur coût sur l'économie». Les mesures prises pourraient ainsi créer entre 200.000 à 250.000 postes «au plus fort des dix premières années» et générer un gain de croissance compris entre 0,4% et 0,5% la première année pour culminer entre 1,6% et 1,9% en 2014. Sur cette période, les trois volets du Grenelle (bâtiment, énergies et transports) généreraient un surcroît d’investissements d’environ 450 milliards d’euros qui seront également répartis entre ménages, entreprises et administrations publiques.
Il s’agirait certes d’un soutien appréciable à une croissance française en berne. Néanmoins, l’étude repose sur des hypothèses optimistes. Elle suppose en effet que l’intégralité du programme sera mis en œuvre, que pour le financer, les ménages ne réduiront ni leur consommation, ni leurs investissements, et qu’il n’y aura aucun effet de substitution dans les investissements des entreprises. Par ailleurs, cette estimation est très en-deçà des conclusions émises en 2009 par une étude du Boston Consulting Group commandée par Jean-Louis Borloo estimant à plus de 600.000 emplois les gains tirés de ces mesures.
C’est après 2020 que tout se gâte. L’étude estime que «le net ralentissement puis l’arrêt des investissements, la hausse des prix et celle des prélèvements obligatoires nécessaires au financement des investissements annulent les gains économiques après 2020». Dès 2021, les impacts sur le PIB et l’emploi deviennent même négatifs avec en 2023 un PIB dégradé de 0,5 à 0,7 point, soit une perte de 140.000 à 180.000 emplois. L’effet d’éviction sur la dette de l’Etat français incite les économistes à considérer que seul l’investissement privé dans ce secteur pourra être source de croissance durable.
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