Le marché réclame la clarté sur l’aide à l’Espagne
L’inquiétude des marchés vis-à-vis de l’Espagne se renforce de jour en jour. Les taux espagnols à 10 ans prenaient 19 points de base hier après-midi à 6,65%, un niveau qu’ils n’avaient pas atteint depuis la fin du mois de novembre dernier. Les investisseurs continuent de s’inquiéter de leur éventuelle subordination aux créanciers publics en cas d’utilisation du Mécanisme européen de stabilité pour recapitaliser le secteur bancaire espagnol. Et le fonctionnement du plan de soutien demandé par Madrid reste très flou.
«Le diable est dans les détails et il y en a très peu», déplore l’analyste de Société Générale CIB, Suki Mann. «Les politiques n’arrivent pas à comprendre que les décisions sont décortiquées par des marchés sceptiques et intransigeants».
Par ailleurs, «le marché redoute qu’une augmentation des prêts des bailleurs internationaux augmente le stock de dette senior et la subordination des investisseurs privés», explique Frederik Ducrozet. Le Mécanisme européen de stabilité (MES), créancier senior, fait figure d'épouvantail par rapport au Fonds européen de stabilité financière (FESF).
Le choix de l’un ou l’autre des véhicules est une question de calendrier. L’Espagne doit d’abord d’abord présenter sa demande formelle d’aide. Si elle a un besoin urgent des fonds, elle recourrait en principe au FESF, selon une source officielle. Dans cette hypothèse, l’un des points importants serait de savoir si l’Espagne continuerait d’apporter 12,7% des garanties du fonds. Ce devrait être le cas, explique-t-on au FESF. Les garanties des autres Etats contributeurs et principalement celle de l’Allemagne (29%), la France (21,8%) et l’Italie (19,18%) ne seraient donc pas modifiées.
Mais ce point reste en débat: des sources officielles estiment au contraire qu’en toute logique, l’Espagne aurait intérêt à cesser d’apporter sa garantie pour les nouvelles utilisations du fonds. Dans ce cas, la contribution des autres Etats augmentera, ce qui pourrait en partie expliquer la tension des rendements observés hier sur les OAT et le Bund. La capacité de prêt de 440 milliards d’euros du FESF resterait préservée, explique JPMorgan, car elle dépend des garanties reposant sur les pays notés AAA.
Le choix dépend de Madrid. En revanche, selon les statuts du FESF, le pays ne peut s’exonérer des garanties apportées sur les émissions déjà réalisées par le Fonds européen - la dernière en date ayant été faite hier, à raison de 1,5 milliard d’euros à 25 ans.
L’utilisation du MES, elle, dépendra notamment de son entrée en vigueur. Elle est prévue pour le début du mois de juillet, sous réserve que tous les parlements qui doivent encore le ratifier, dont le Bundestag, le fassent dans les temps. Si l’Espagne peut attendre jusque là, le MES serait alors à la manoeuvre. Dernière hypothèse: le FESF, qui peut en théorie offrir de nouvelles aides jusqu’à juillet 2013, pourrait fournir une première tranche d’aide, avant que le MES ne prenne le relais.
En tous les cas, les contributeurs du Mécanisme européen, y compris l’Espagne, sont censés lui apporter du capital deux semaines après son lancement. La première tranche de 16 milliards d’euros doit lui offrir une capacité de prêt de 100 milliards d’euros, compte tenu d’un ratio de fonds propres de 15%, ce qui suffirait à couvrir la totalité du plan de soutien à l’Espagne décidé samedi. Quatre autres tranches doivent suivre d’ici à 2014 pour porter le capital à 80 milliards d’euros et la capacité de prêt à 500 milliards d’euros.
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