Le marché monétaire reste en panne sèche
Depuis 2007, la BCE s’est progressivement substituée au marché interbancaire. Sa dernière enquête sur le marché monétaire en zone euro le prouve encore. Au deuxième trimestre 2012, le volume d’instruments traités sur le marché monétaire s’est contracté de 14% sur un an et n’a jamais été aussi faible pour les transactions non sécurisées. Dans les semaines à venir, deux éléments pourraient jouer sur le marché: les remboursements de liquidités à la BCE par les banques et une éventuelle baisse du taux de la facilité de dépôt.
Les effets calendaires sont importants: le deuxième trimestre de 2011, base de comparaison, marquait une accalmie dans la crise de la dette en zone euro, alors que celui de 2012 a connu une nouvelle montée des tensions avant que le président de la BCE Mario Draghi ne calme les esprits cet été. La montée de la défiance se lit dans le repli très marqué du volume d’opérations non sécurisées (-36% sur un an).
Mais entre les deux points de passages, la banque centrale a aussi inondé le marché interbancaire grâce à ses injections de liquidités à 3 ans, les LTRO, en décembre 2011 et février 2012, pour 1.000 milliards d’euros.
Le rétrécissement du marché monétaire s’explique donc à la fois, selon l’étude, «par la crise de la dette en zone euro et par l’environnement d’excédents élevés de liquidités qui a prévalu sur le marché interbancaire en zone euro». Ayant table ouverte à la BCE, les banques n’ont plus besoin de se prêter entre elles.
Un troisième argument ne figure pas dans l’étude, mais est avancé par de bons connaisseurs du marché. «Pour réduire le gap de liquidité dans la perspective des ratios de Bâle 3, le plus facile à faire pour une banque est de diminuer l’interbancaire, indique un proche des autorités monétaires. C’est un problème qu’a d’ailleurs soulevé Mario Draghi et qui devrait être corrigé dans le futur ratio».
Depuis fin juin, «l’interbancaire n’a pas du tout retrouvé un volume normal car les banques sont «sur-liquides», mais le niveau de confiance est remonté très sensiblement», poursuit le dirigeant. L’excédent de liquidités devrait tout de même finir par baisser. A compter du 30 janvier, les banques qui le souhaitent pourront commencer à rembourser chaque semaine une partie des fonds empruntés aux LTRO. Les analystes ne s’attendent cependant pas au raz de marée, car les établissements des pays d’Europe du Sud restent dépendants du guichet BCE. Les remboursements atteindraient ainsi 80 milliards d’euros au premier trimestre 2013, calcule Morgan Stanley.
La BCE s’interroge aussi sur une éventuelle baisse, en territoire négatif, du taux de la facilité de dépôt, aujourd’hui à zéro. Une mesure qui, en théorie, incite les banques riches à retourner prêter sur le marché interbancaire. Mais en pratique, le passage du taux de la facilité de dépôt à zéro n’a lui-même eu aucun effet, les établissements de crédit déplaçant leurs dépôts sur leur compte courant à la BCE.
«Là encore, la politique de taux négatif ne marche que s’il existe des emprunteurs sur le marché interbancaire, ce qui n’est plus le cas depuis les LTRO », indique la même source. Et avec les conséquences que les politiques de taux zéro ont pour les assureurs et les gestionnaires de fonds, la BCE hésite légitimement à franchir le pas.
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