Le gouverneur de la BoJ offre un cadeau de départ empoisonné aux marchés
Masaaki Shirakawa réussit sa sortie. En annonçant qu’il se retirerait de ses fonctions trois semaines avant le terme officiel de son mandat, soit le 19 mars, le gouverneur de la BoJ n’a jamais fait autant d’effet sur les marchés. Las des pressions qu’il subit depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement dirigé par Shinzo Abe pour que l’autorité monétaire s’engage dans une politique de rachats d’actifs illimitée calquée sur le modèle de la Fed, Masaaki Shirakawa rend les armes et devrait passer le témoin à un fidèle du gouvernement (lire L’Agefi Hebdo du 7 février).
De quoi faire chuter le yen hier matin à une parité dépassant la barre des 94 contre dollar pour la première fois depuis mai 2010. Contre euro, la devise nipponne a connu une tendance similaire chutant à 127,44, son plus faible niveau depuis avril 2010. Contre le dollar australien et le won sud-coréen qui font figure de devises refuge, le mouvement est plus violent puisque le yen est à ses plus bas niveaux depuis respectivement août et septembre 2008.
L’annonce du départ prématuré de Masaaki Shirakawa et la nouvelle chute du yen ont également entraîné une envolée de l’indice Nikkei de 3,8% à son plus haut niveau depuis le 29 septembre 2008, dans des volumes 48 fois supérieurs à leur moyenne des trente dernières séances. Toyota signait une hausse de 6,1% après la publication de résultats supérieurs aux attentes, le quotidien Nikkei ajoutant que la baisse du yen pourrait lui rapporter 140 milliards de yens (1,1 milliard d’euros).
Une réaction de marché que Citigroup juge «excessive», alors que de nombreuses incertitudes demeurent. La nomination des trois nouveaux membres du comité de la BoJ devra être ratifiée par les deux chambres. Or, l’opposition détient la majorité à la chambre haute et pourrait contrecarrer le candidat désigné par le gouvernement. «Sous ce scénario catastrophe, le yen pourrait s’apprécier fortement», note Natixis.
En outre, les prochaines réunions de la BoJ des 14 février et 7 mars pourraient être stériles en nouveaux gestes d’assouplissements monétaires. Et UBS doute de la capacité du programme de rachats d’actifs annoncé pour 2014 à atteindre l’objectif d’inflation de 2%. «Ce programme est moins important que celui de 2013, qui reste inchangé et ne comprend aucun rachat d’actifs risqués», note la banque.
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