Le défaut de Kaisa Group met le marché du crédit chinois sous tension

Le marché primaire des émetteurs immobiliers est gelé depuis le début de l’année, et les rendements se tendent sur le compartiment «high yield».
Patrick Aussannaire

Le marché du crédit chinois est sous tension depuis le défaut du promoteur immobilier chinois Kaisa Group, coté à Hong Kong. La société, qui «était rentable en juin 2014 et considérée comme en bonne santé financière par ses investisseurs avec des ventes et un cash flow solides», comme le rappelle Bei Xu, économiste chez Natixis, n’a pas pu honorer une échéance de 23 millions de dollars due le 8 janvier sur une obligation 10,25% d’échéance 2020 de 500 millions. La raison ? Le gel de la moitié de ses actifs (de 447 millions de yuans) par les autorités pour des motifs de corruption précipitant le départ de son président.

Moody’s, qui a dégradé la note de Kaisa à «Ca», estime qu’elle «ne devrait pas être en mesure d’utiliser ses ressources internes pour rembourser intégralement ses créanciers si le processus de remboursement de ses 2,5 milliards de dollars d’encours obligataires s’accélère», avec «des pertes substantielles» à la clé pour les porteurs de dette. Même si les actifs sont débloqués, «les investisseurs onshore seront plus facilement remboursés que les investisseurs offshore», précise Bei Xu.

«Le défaut de Kaisa a déjà eu un impact important sur le financement offshore du secteur immobilier, avec le report de nombre d’émissions», indique d’ailleurs Wei Yao, économiste chez SG CIB. Après avoir émis 5,3 milliards et 4,9 milliards en dollars sur les trois premières semaines de 2013 et 2014, les promoteurs chinois n’ont pas fait appel au marché cette année, selon Dealogic. Le rendement moyen des obligations d’entreprises chinoises «high yield» s’est tendu de 320 pb depuis le début de l’année à 12,4%, et le spread des titres notés «AA» contre les obligations d’Etat a atteint 299 pb, après être tombé à 255 pb l’an dernier.

En pleine correction du marché immobilier, «la construction et d’autres secteurs affiliés (matières premières) devraient voir leur risque de crédit s’envoler, les petites sociétés opérant dans des villes de deuxième ou troisième rang étant les plus exposées», estime Bei Xu. Or, dans le cadre de la transition vers une «nouvelle norme», les autorités souhaitent ralentir le déclin des secteurs qui ont été arrosés en crédits par les banques et sociétés «trust» pour éviter tout risque systémique. Elles devraient ainsi poursuivre les injections de liquidités pour faire baisser les taux et accélérer les projets d’investissement, alors qu’une «baisse du ratio des réserves obligatoires semble inévitable», selon Wei Yao.

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