Le cœur de la zone euro se finance à taux zéro

Jusqu'à 2 ans, les pays profitent de la baisse des taux de la BCE en plus de l’aversion pour le risque
Solenn Poullennec
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Courbe des taux France  - 

La décision de la Banque centrale européenne (BCE) d’abaisser ses taux au début du mois réduit encore les coûts de financement des pays de la zone euro les mieux notés, comme l’Allemagne, la France et les Pays-Bas et l’Autriche. Leurs courbes de taux s’aplanissent nettement, et sont désormais à zéro sur la partie jusqu'à 2 ans. Selon certains, ce mouvement devrait se poursuivre alors que les investisseurs, notamment les assureurs, vont se positionner sur des maturités plus longues pour bénéficier de rendements plus attractifs.

Les courbes des taux des pays de la zone euro notés AAA ont continué à s’aplatir depuis que la baisse de 25 points de base du taux directeur et de la facilité de dépôt à respectivement 0,75% et 0% est devenue effective le 11 juillet dernier.

Cette baisse s’est répercutée sur l’Eonia, qui était hier à 0,11% vendredi dernier contre 0,32% deux jours plus tôt. Celui-ci a tiré les taux de court terme vers le bas alors que ceux-ci étaient déjà favorisés par le climat d’aversion pour le risque. Ainsi, l’Allemagne emprunte à des taux négatifs pour des titres de maturités allant jusqu’à 3 ans et la France pour des titres allant jusqu’à 12 mois.

Compte tenu de la crise européenne, des perspectives de récession et « de la possibilité que la BCE suive le chemin ouvert par la banque centrale du Danemark qui a abaissé le taux de la facilité de dépôt à -0,2%, les investisseurs ne devraient pas s’attendre à ce que les taux négatifs pour les titres de court terme disparaissent rapidement», écrit le vice-président exécutif de Pimco, Myles Bradshaw.

D’ores et déjà, ce mouvement s’est répercuté sur les titres à moyen et long terme. L’Allemagne emprunte à 5 ans, à 0,28% contre 0,34% il y a une semaine et à 1,22% à 10 ans (contre 1,32%). Quant à la France, elle lève à 0,82% à 5 ans (contre 1,04%) et à 2,15% à 10 ans (contre 2,42%).

La détente bénéficie également aux Pays-Bas, à la Belgique et à l’Autriche. A l’inverse, les pays périphériques, notamment l’Italie qui vient d’être dégradée et l’Espagne confrontée à des problèmes bancaires devraient rester à l’écart de cette tendance, selon Myles Bradshaw.

«On constate que le mouvement de détente des taux est moindre quand ils entrent en territoire négatif. L’aplatissement de la courbe des taux se fait par le milieu et le haut (bull flattening)», assure Patrick Jacq, économiste chez BNP Paribas. Selon lui, ce mouvement devrait se prolonger en cas de nouvelle baisse des taux. D’autant que pour bénéficier de rendements plus attractifs, les investisseurs, notamment les assureurs, pourraient se tourner vers des titres souverains de maturités plus longues. En une semaine, les titres à 30 ans français se sont ainsi détendus de 25 points de base (à 3,11%), les titres belges ont perdu 21 pb (à 3,4%) et les titres autrichiens 15,8 pb (à 2,89%).

Sans tirer de conclusion pour la zone euro, les analystes de Morgan Stanley rappellent que lorsque la Bank du Japon (BoJ) a amené ses taux à 0% en 1999, la courbe des taux s’est considérablement aplatie et les investisseurs ont augmenté leur exposition aux titres longs. Cependant, lorsque les taux sont remontés en 2003, toutes les banques ont souhaité se débarrasser de leurs titres longs en même temps. Le redressement de la courbe a été très violent et douloureux pour le secteur bancaire.

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