L’aggravation de la crise politique en Turquie fait plonger la devise
La livre et la Bourse turques plongent dans la tourmente. Le scandale de corruption qui frappe depuis une dizaine de jours le gouvernement, touchant jusqu’au premier ministre Recep Tayyip Erdogan, a encore pesé vendredi sur les marchés financiers locaux. La devise a perdu jusqu’à 2,3% face au dollar en séance et jusqu’à 3,5% face à l’euro.
A 2,16 pour un dollar, la livre turque a déjà largement enfoncé le niveau de 2,068 atteint début septembre, au plus fort des secousses provoquées cet été par les craintes de «tapering» de la Fed. Sur 2013, elle a perdu plus de 17% de sa valeur face au billet vert, et plus de 20% face à la monnaie unique.
L’indice de la Bourse d’Istanbul s’est replié de 1%, revenant à ses niveaux de juillet 2012 pour porter sa baisse à 18% sur l’année. Quant aux taux des emprunts d’Etat à 2 ans, ils sont repassés au-dessus de 10%. A la date du 20 décembre, les non-résidents avaient ramené à 53,8 milliards de dollars leurs portefeuilles d’emprunts d’Etat turcs, le plus faible niveau depuis 3 mois, selon les statistiques de la banque centrale.
La Turquie a fait de sa stabilité politique l’un de ses principaux atouts auprès des non-résidents, dont elle a besoin pour couvrir un déficit courant d’environ 7,5% du PIB. Cet élément a notamment convaincu Fitch et Moody’s de relever la note du pays en catégorie investment grade. Or, la visibilité des investisseurs étrangers est aujourd’hui bien réduite, et la crise politique d’une autre ampleur que les manifestations issues de la société civile cet été. L’affrontement oppose, au sein même du camp islamiste, Recep Tayyip Erdogan à l’Hizmet, la confrérie du prédicateur Fethullah Gülen, basé aux Etats-Unis, et qui a noyauté l’appareil d’Etat à tous les niveaux.
Vendredi, le Conseil d’Etat a infligé un nouveau revers au premier ministre, en rejetant une disposition gouvernementale qui voulait contraindre les policiers à informer leurs supérieurs de leurs enquêtes. L’armée a invité Recep Tayyip Erdogan à respecter l’indépendance de la justice.
Après le remaniement ministériel des derniers jours, d’aucuns spéculent désormais sur la convocation d’élections législatives anticipées, avant 2015. D’ici là, la banque centrale, qui dispose de peu de réserves pour endiguer la chute de la devise, pourrait être forcée de remonter ses taux, ce qu’elle se refuse pour le moment à faire.
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